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Extraits de ses lettres en Fevrier-Mars 2000
Je ne suis pas d'un naturel pro Serbe, mais force est de
reconnaître que la vie des 100.000 serbes restes au Kosovo est pour le
moins….difficile.
Persecutions, lynchages, assassinats sont le pain quotidien de ces malheureux
(bien sur, il ya d'epouvantables criminels parmi eux, encore que les plus salauds
soient partis vers la Serbie) des qu'ils sortent des zones protegees par la
K FOR, armee jusqu'aux dents.
Je reviens a l'instant d'un petit patelin ou une dizaine de milliers de ces
serbes sont litteralement enfermes depuis plusieurs mois, comme si Ahetze ou
Itxassou etaient completement coupes du reste du pays, enclave protegee par
des blindes a chaque extremite du village et sillonee de patrouilles, mais
dont il est hors de question de sortir, sous peine de mort, rien de moins
alors voila, tu prends un pays, pas specialement beau, des
collines un peu pelées, pas d'impressionnantes montagnes, pas de ravins tenebreux,
pas coucher
de soleil sur la Cote des Basques, non, un truc banal comme tu en as deja vu
cinquante.
Tu l'affliges de 50 ans de socialisme autogestionnaire, tu pimentes un peu
le brouet par une bonne dose d'épuration ethnique, (dix ans, c'est deja pas
mal), tu rajoute une solide guerre civile de quelques mois parsemée quelques
bombardements de l'OTAN, tu nappes le tout d'une abondante sauce a l'ONU et
tu sers ...froid . Mmmmm! miam miam !
Des routes defoncées, un froid de loup, un delicat mélange de neige et de bouillasse,
des habitants aux yeux éteints ou apeurés , voire les 2, pas d'éclairage public,
bien sur, pas de chauffage dans les maisons, pas d'électricité sauf une ou
deux heures par jour, des centaines d'automobiles denuées de plaques d'immatriculation
(pardi , ce sont des convois entiers de camions porteurs de vehicules volés
dans toute l'Europe qui viennent déverser leur marchandise ici) des albanais
au regard de chiens battus, des serbes persecutés au milieu desquels se terrent
quelques criminels de guerre, l'arrogance naturelle des troupes des N.U. armées
jusqu'aux dents,la méfiance, la sottise, la saleté, la pauvreté, le racisme
a l'etat pur, la malnutrition, le decouragement, voila le paysage.
C'est un peu comme ca que doit être l'enfer .
Et la au milieu, Pierre Pradier qui fait des gambades ....
Bernard, imperial, serré de près par des gardes du corps impressionnants, poursuivi
par des meutes de journalistes (ce coup-ci il en aura eu sa dose), reçoit,
écoute, téléphone, discute, signe, parcourt le pays en helico ou en voiture
blindée, il prend des décisions, il tente tout ce qui peut etre tenté....pour
obtenir un brin d'accalmie des passions ,la reconciliation, ce sera pour plus
tard !
" Mais que diable est-il allé faire dans cette galere ?"
Bon, on en reparle
!
Le Kosovo, patrie mythique des Serbes, peuplé en
majorité par des albanais a vécu plus de dix ans d'oppression
caractérisée.
Les albanais ont été persécutés, humiliés,
poursuivis, massacrés par des autorités serbes nationalistes
aveugles et des militaires bornés.
Les troupes de l'OTAN sont venues mettre un peu d'ordre dans la cuisine, les
albanais ont retrouvé leur dignité mais, comme il est d'usage
les persécutés sont devenus des persécuteurs… et les populations
civiles serbes restées au Kosovo craignent pour leur vie. Or, qui reste
au Kosovo, ainsi, sans défense contre la vindicte populaire ? Les pauvres,
bien sûr, les petites gens, les vieux, "les obscurs, les sans-grade" les
malades, ceux qui n'ont plus de famille, pas de fortune, pas de maison à eux….
Ca
se passe dans le couloir d’un hopital, une fois encore.
Sur un chariot au matelas plastique éventré, une vieille femme,
serbe, allongée sur le dos, attend, les yeux mi-clos.
Des habits pauvres, des foulards, des châles, des voiles entremêlés
sur ce petit corps amaigri.
On me dit qu’elle est serbe , je ne m’en serais pas aperçu, mais l’oeil
des albanais est perspicace et leur diagnostic sûr. A côté du
chariot, un soldat allemand de la KFOR, en tenue de combat, tout harnaché d’armes,
de walkie-talkies, de gilet pare balles, de colifichets genre guerrier s'ennuie
; il marche de long en large dans ce couloir encombré et paraît
jouer à contre emploi, armés jusqu'aux dents dans un hôpital;
il est la pour la protéger. Qui pourrait bien la menacer ?
Elle attend qu’un médecin, un interne, un infirmier, quelqu'un veuille
bien s’occuper d’elle.
Beaucoup de monde, dans ce couloir, s’entrecroise et marche d’un air affaire.
Pourtant, en passant a cote d’elle, les pas se ralentissent, les regards se
portent sur elle comme si le spectacle était incongru. Pas de signe d’hostilité,
juste un brin d’étonnement .
Jusqu’au moment ou une femme d’une quarantaine d’années s’arrête
devant elle et l’apostrophe. Je ne comprends pas ce qu’elle lui crie (ça
se passe en albanais ), mais le ton est plus celui de l’injure que du compliment
de bienvenue.
Le soldat semble un peu agacé par ces cris, il tente de l'apprivoiser
et, par signes, il invite la mégère a poursuivre son chemin. Les
poings sur les hanches, elle répond de façon évidemment
peu amène.
Spectacle tellement inhabituel dans un hôpital….un soldat allemand en armes,
protége une malade serbe de la vindicte d’un visiteur….….. pour qui a
connu la deuxième guerre mondiale, c'est une situation complètement
onirique, irréaliste, une folie !
Un infirmier s’en mêle, il apostrophe la grosse dame et lui dit probablement
de cesser d’insulter cette pauvre vieille qui n’en peut mais. Attroupement confus,
dans ce couloir étroit.
Je reste coi. La vieille femme serbe ne semble pas très bien comprendre
ce qui se passe. Elle a un peu peur, il me semble.
Finalement, l’infirmier saisit les poignées du chariot et tente de sortir
de cet encombrement . Pas facile, il y a beaucoup de monde autour de ce pitoyable
chargement. Que faire ? Je m’approche un peu et je caresse en souriant la joue
de cette femme qui me regarde intensément.
Finalement, la foule s’écarte, le chariot est poussé vers une porte
entrouverte. De son brancard, elle continue de me regarder, alors que la porte
se referme lentement. Je continue de lui sourire de loin et lui envoie un petit
signe de la main. Je suis un peu ému. Je suis un peu pleurnichard, à la
guerre. Achille l'était aussi ( à en croire Homère il passait
son temps à ferrailler ou à pleurer), ça me rassure..
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