Accueil Presses et Textes Galerie photos Famille Liens Contact Livre d'or 01-Déc-2003 
 

 

Témoignages>Retour

 

Extraits de ses lettres en Fevrier-Mars 2000

Je ne suis pas d'un naturel pro Serbe, mais force est de reconnaître que la vie des 100.000 serbes restes au Kosovo est pour le moins….difficile.
Persecutions, lynchages, assassinats sont le pain quotidien de ces malheureux (bien sur, il ya d'epouvantables criminels parmi eux, encore que les plus salauds soient partis vers la Serbie) des qu'ils sortent des zones protegees par la K FOR, armee jusqu'aux dents.
Je reviens a l'instant d'un petit patelin ou une dizaine de milliers de ces serbes sont litteralement enfermes depuis plusieurs mois, comme si Ahetze ou Itxassou etaient completement coupes du reste du pays, enclave protegee par des blindes a chaque extremite du village et sillonee de patrouilles, mais dont il est hors de question de sortir, sous peine de mort, rien de moins

alors voila, tu prends un pays, pas specialement beau, des collines un peu pelées, pas d'impressionnantes montagnes, pas de ravins tenebreux, pas coucher de soleil sur la Cote des Basques, non, un truc banal comme tu en as deja vu cinquante.
Tu l'affliges de 50 ans de socialisme autogestionnaire, tu pimentes un peu le brouet par une bonne dose d'épuration ethnique, (dix ans, c'est deja pas mal), tu rajoute une solide guerre civile de quelques mois parsemée quelques bombardements de l'OTAN, tu nappes le tout d'une abondante sauce a l'ONU et tu sers ...froid . Mmmmm! miam miam !
Des routes defoncées, un froid de loup, un delicat mélange de neige et de bouillasse, des habitants aux yeux éteints ou apeurés , voire les 2, pas d'éclairage public, bien sur, pas de chauffage dans les maisons, pas d'électricité sauf une ou deux heures par jour, des centaines d'automobiles denuées de plaques d'immatriculation (pardi , ce sont des convois entiers de camions porteurs de vehicules volés dans toute l'Europe qui viennent déverser leur marchandise ici) des albanais au regard de chiens battus, des serbes persecutés au milieu desquels se terrent quelques criminels de guerre, l'arrogance naturelle des troupes des N.U. armées jusqu'aux dents,la méfiance, la sottise, la saleté, la pauvreté, le racisme a l'etat pur, la malnutrition, le decouragement, voila le paysage.
C'est un peu comme ca que doit être l'enfer .
Et la au milieu, Pierre Pradier qui fait des gambades ....
Bernard, imperial, serré de près par des gardes du corps impressionnants, poursuivi par des meutes de journalistes (ce coup-ci il en aura eu sa dose), reçoit, écoute, téléphone, discute, signe, parcourt le pays en helico ou en voiture blindée, il prend des décisions, il tente tout ce qui peut etre tenté....pour obtenir un brin d'accalmie des passions ,la reconciliation, ce sera pour plus tard !
" Mais que diable est-il allé faire dans cette galere ?"

Bon, on en reparle

 

 

 

!


 

Le Kosovo, patrie mythique des Serbes, peuplé en majorité par des albanais a vécu plus de dix ans d'oppression caractérisée.
Les albanais ont été persécutés, humiliés, poursuivis, massacrés par des autorités serbes nationalistes aveugles et des militaires bornés.
Les troupes de l'OTAN sont venues mettre un peu d'ordre dans la cuisine, les albanais ont retrouvé leur dignité mais, comme il est d'usage les persécutés sont devenus des persécuteurs… et les populations civiles serbes restées au Kosovo craignent pour leur vie. Or, qui reste au Kosovo, ainsi, sans défense contre la vindicte populaire ? Les pauvres, bien sûr, les petites gens, les vieux, "les obscurs, les sans-grade" les malades, ceux qui n'ont plus de famille, pas de fortune, pas de maison à eux….

Ca se passe dans le couloir d’un hopital, une fois encore.
Sur un chariot au matelas plastique éventré, une vieille femme, serbe, allongée sur le dos, attend, les yeux mi-clos.
Des habits pauvres, des foulards, des châles, des voiles entremêlés sur ce petit corps amaigri.
On me dit qu’elle est serbe , je ne m’en serais pas aperçu, mais l’oeil des albanais est perspicace et leur diagnostic sûr. A côté du chariot, un soldat allemand de la KFOR, en tenue de combat, tout harnaché d’armes, de walkie-talkies, de gilet pare balles, de colifichets genre guerrier s'ennuie ; il marche de long en large dans ce couloir encombré et paraît jouer à contre emploi, armés jusqu'aux dents dans un hôpital; il est la pour la protéger. Qui pourrait bien la menacer ?
Elle attend qu’un médecin, un interne, un infirmier, quelqu'un veuille bien s’occuper d’elle.
Beaucoup de monde, dans ce couloir, s’entrecroise et marche d’un air affaire. Pourtant, en passant a cote d’elle, les pas se ralentissent, les regards se portent sur elle comme si le spectacle était incongru. Pas de signe d’hostilité, juste un brin d’étonnement .
Jusqu’au moment ou une femme d’une quarantaine d’années s’arrête devant elle et l’apostrophe. Je ne comprends pas ce qu’elle lui crie (ça se passe en albanais ), mais le ton est plus celui de l’injure que du compliment de bienvenue.
Le soldat semble un peu agacé par ces cris, il tente de l'apprivoiser et, par signes, il invite la mégère a poursuivre son chemin. Les poings sur les hanches, elle répond de façon évidemment peu amène.
Spectacle tellement inhabituel dans un hôpital….un soldat allemand en armes, protége une malade serbe de la vindicte d’un visiteur….….. pour qui a connu la deuxième guerre mondiale, c'est une situation complètement onirique, irréaliste, une folie !
Un infirmier s’en mêle, il apostrophe la grosse dame et lui dit probablement de cesser d’insulter cette pauvre vieille qui n’en peut mais. Attroupement confus, dans ce couloir étroit.
Je reste coi. La vieille femme serbe ne semble pas très bien comprendre ce qui se passe. Elle a un peu peur, il me semble.
Finalement, l’infirmier saisit les poignées du chariot et tente de sortir de cet encombrement . Pas facile, il y a beaucoup de monde autour de ce pitoyable chargement. Que faire ? Je m’approche un peu et je caresse en souriant la joue de cette femme qui me regarde intensément.
Finalement, la foule s’écarte, le chariot est poussé vers une porte entrouverte. De son brancard, elle continue de me regarder, alors que la porte se referme lentement. Je continue de lui sourire de loin et lui envoie un petit signe de la main. Je suis un peu ému. Je suis un peu pleurnichard, à la guerre. Achille l'était aussi ( à en croire Homère il passait son temps à ferrailler ou à pleurer), ça me rassure..