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Accueil | Presses et Textes | Galerie photos | Famille | Liens | Contact | Livre d'or | 18-Mai-2004 |
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lettre à son fils: Mattia-Sélim , (lue par Laura.)
Lu dans Libération: Il est mort dans l'attentat qui a touché de plein
fouet le siège de l'ONU à Bagdad avec le diplomate Sergio
Vieira de Mello, dont il était un des proches collaborateurs. Mais
il est carrément resté une «victime anonyme»,
alors que l'itinéraire de ce jeune père de famille de 33
ans, serviteur de la paix mondiale depuis une dizaine d'années
aurait mérité davantage. Après l'attentat contre
le World Trade Center, en septembre 2001, Libération avait d'ailleurs
publié son témoignage puisqu'il était un des rescapés.
Jean-Sélim Kanaan, qui avait choisi de mettre sa vie au service de la paix et d'accepter pour cela le risque d'être tué, représentait certainement ce qu'un pays comme le nôtre est capable de donner de meilleur. Mais peut-être n'est-il pas trop tard pour que la prise de conscience se fasse et qu'hommage lui soit rendu ? par Christian DELORME Jean-Sélim Kanaan, passionnément
onusien "Dix ans après, tout me revenait : ce bébé bosniaque que je prends dans mes bras au milieu des chars anglais alors que la maison de sa famille vient d’être détruite, l’hôpital de Sarajevo, le visage des gamins que l’on arrive à sortir du pays pour les faire soigner à l’étranger, le sourire des gens de Bugojno lorsque nous arrivons avec l’aide des blindés Warriors britanniques à enfoncer le portail de l’hôpital pour l’approvisionner... et cette infirmière de la maternité de l’hôpital de Zenica qui, du fond de notre abri pendant un bombardement, me regarde dans les yeux et me dit: Qu’est-ce que tu fous ici? Pourquoi tu ne rentres pas chez toi là où il n’y a pas de guerre ?" Jean-Sélim Kanaan avait 33 ans. Il venait de publier, l’an dernier, Ma guerre à l’indifférence (1). Il venait d’emménager en France voisine, au début de l’année, avec son épouse. Et surtout, il venait d’annoncer, fin juillet, la naissance à Genève de son fils... "Mon p’tit gars, c’est incroyable comme il est calme! Il écarquille les yeux et regarde tout ce qui l’entoure." Jamais l’imparfait de l’indicatif n’aura été aussi cruel! Comment, en quelques lignes seulement, rendre justice à une existence tout à fait exceptionnelle? Et par là même, dire adieu à un ami... Français et protestant par sa mère, Egyptien et grec catholique par son père, Romain de naissance et de cœur, Jean-Sélim avait malgré sa jeunesse une énorme expérience du travail humanitaire, acquise dans les pires conflits de la dernière décennie: de la Somalie à Sarajevo, en passant par le Kosovo où il fut "ministre" de Bernard Kouchner et tout dernièrement en Irak aux côtés de Sergio Vieira de Mello. Passionnément onusien Parce qu’il était en quête d’un idéal de vie, parce qu’il croyait aux vertus de l’action, parce ce que son identité multiple le poussait à l’universalité, parce qu’au sein des Nations Unies il se sentait proche de son père, haut-fonctionnaire décédé durant son enfance "J’espère qu’il aurait été fier de moi!" , Jean-Sélim était passionnément onusien. Et pour ces mêmes raisons, il se permettait de critiquer sans concession les travers de l’Organisation machine bureaucratique qui fabrique des fonctionnaires "zombies" dans les bureaux de New York ou Genève, tout en soumettant à un tabou les dégâts psychologiques dont souffrent les employés au retour de mission... Fier de ses origines égyptiennes et préoccupé par les dérives extrémistes dans le monde arabe, Jean-Sélim était comme désemparé. Après les attentats du 11 septembre, il écrivait: "Je restais effrayé devant la froideur et la détermination de ces jeunes gens. Cette construction patiente de l’horreur, cette mise en scène du macabre... Qu’est-ce qui avait bien pu se passer dans leurs têtes? A quel moment avaient-ils perdu l’espoir d’une solution négociée? Comment avaient-ils pu être à ce point endoctrinés? Je n’ai pas de réponses à ces questions... Mais je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à tous ces "combattants de Dieu" islamistes que j’avais croisés pendant ces dix dernières années en Somalie ou en Bosnie, froids et déterminés, tous aussi fous et comme appartenant à un autre monde." (1)Aux éditions Robert Laffont (2002), préfacé par Christine Ockrent. (24 JUIN 03)....Ce qu'il écrivait ! Un premier compte rendu depuis cette belle ville de Baghdad… Cela fait maintenant près de 18 jours que je suis arrivé dans la capitale irakienne et je peux tirer quelques conclusions préliminaires de mon séjour ici. Au delà de la chaleur insupportable dès que nous sortons de notre hôtel ou de nos bureaux, le thermomètre frise constamment les 48-50C pendant la journée pour descendre aux alentours des 35 la nuit, la ville n’est pas encore revenue à la vie. Les grandes artères de la capitale sont encore jonchées de détritus et parfois même de restes calcinés de blindés d’une armée irakienne qui n’a pas vraiment opposé de résistance au bulldozer américain. Les magasins sont dans leur grande majorité encore fermés bien qu’il soit possible de noter une recrudescence des arrivages de produits à haute valeur ajoutée (téléviseurs, stéréos, climatiseurs….). Il y a peu de gens dans les rues, absence largement due à la chaleur, mais aussi à l’insécurité qui continue à hanter les esprits de tous les Baghdadis. Les forces coalisées sont encore trop préoccupées par leur propre survie pour pouvoir réellement avoir un effet positif sur les tensions qui continuent de régner dans les quartiers populaires. L’impression globale est que la Coalition est arrivée complètement impréparée pour se charger de la lourde tâche qui consiste à prendre en main le gouvernement d’un pays de plus de 25 million d’habitants. Aucune préparation donc, pas la moindre idée de par où commencer et de comment procéder. A tel point que c’en est presque ridicule de voir la première puissance mondiale ainsi bousculée par les pauvres de cette ville qui n’ont pas touché de salaires depuis bientôt trois mois et qui viennent jeter des pierres aux portes du siège de la Coalition. Je dis ridicule car ça me conforte malheureusement dans mon impression que les Etats-Unis ont vraiment fait cette guerre pour leurs intérêts et certainement pas pour « libérer » le peuple irakien. La révolte gronde, l’approvisionnement en énérgie éléctrique, après un bon début, a maintenant diminué de 30% du fait d’actes de sabotages et de l’usure de matériels qui ne résistent pas à la chaleur. Pendant ce temps les grands contrats sont octroyés et signés avec de grands groupes américains étroitement liés à la Maison Blanche ou au Pentagone. Le débat croissant dans les médias au Royaume Uni, et dans une moindre mesure aux Etats-Unis, sur la véracité des thèses épousées par ces gouvernements pour justifier le conflit, ne fait qu’alimenter le sentiment de malaise qui entoure toute cette opération. Dans tout cela où sont les Irakiens ? Avec l’abolition pure et simple du parti Baas et la dissolution complète de tous les appareils sécuritaires, armée, police, services secrets, milices, le pays se trouve sans aucun cadre supérieur. Ou alors, situation encore plus délicate, tout le monde est suspect. On n’a pas fait dans le détail, il y a les bons et les méchants, les indiens et la cavalerie. Mais à ce jeu on a jeté sur les routes près d’un demi million d’anciens soldats, la plupart armés, qui n’ont plus rien à perdre puisqu’ils ont tout perdu. Chacun de ces hommes soutenaient sans doute entre 4 et 6 personnes, soit 2 à 3 millions de personnes directement affectées par cette décision. Pas étonnant que les attaques contre les forces d’occupation se multiplient et que tous les jours les américains ramassent leurs morts. Ca ressemble beaucoup à la Somalie et a cette incompréhension totale entre une administration américaine parachutée dans environnement qu’elle ne connaît et où elle applique les méthodes d’analyse et de réflexion propre à notre monde occidental. Jusqu’à ce jour, tout ce beau monde est confiné dans le Palais Présidentiel de Saddam (on peut aussi réfléchir à l’opportunité d‘avoir choisi ce lieu qui a représenté pendant trente années la répression la plus abjecte et la violence la plus meurtrière). Mais voilà ce sont les plus forts alors ils ont raison. Comme nous le disaient un américain sous couvert d’anonymat : « Le drame c’est que les américains ne comprennent plus rien qui ne soit pas américain ». Il en va ainsi des situations, des coutumes, des cultures, des lieux mais surtout des hommes et des femmes. Il faut pourtant ardemment souhaiter qu’ils réussissent, un échec serait une catastrophe pour cette population qui a courbé l’échine pendant trois décennies et qui est maintenant à genoux après 12 ans de sanctions aussi inutiles que cruelles. Alors le voilà le vrai dilemme : un succès de la coalition qui conforterait internationalement le prestige des Etats-Unis qui se sont moqués de toutes les normes internationales ou son échec qui marquerait sans doute le début d’une guerre civile fratricide entre les différentes communautés ethniques et religieuses, Kurdes, Shiites, Sunnites. Combat sans merci entre les supporters de Saddam et toute une population oubliée et reléguée à un rôle de figurant famélique. Dans tout ça les Nations Unies n’ont sans doute pas beaucoup de leçons à donner. Ces 10 dernières années nous avons continué à traiter d’égal à égal avec le Tyran et ses sous-fifres. Jamais nous n’avons haussé le ton pour nous indigner du traitement inhumain infligé au petit peuple. Mais les Nations Unies ont déjà mené des missions complexes. Au Kosovo et au Timor pour ne citer que les plus récentes, mais il ne faut pas oublier le Congo, le Guatemala, le Libéria ou le Sierra Leone. Toutes ne furent pas des succès éclatants mais la situation s’est améliorée dans bien des cas. Alors voir aujourd’hui de jeunes américains frais émoulus de leur banlieue virginienne jouer aux apprentis sorciers sur des questions aussi sensibles que les systèmes de pension, les réseaux de distribution national de salaires ou encore la réorganisation ministérielle (alors que leur système administratif national hautement décentralisé et privatisé n’a pratiquement rien en commun avec le fort centralisme irakien) est assez surréaliste. Le premier concert de l’orchestre philharmonique de Baghdad va se donner la semaine prochaine. Ce pays est tellement riche, tellement avancé, tellement civilisé malgré sa pauvreté qu ‘il est vraiment pénible se sentir partout cette lourde chape de plomb de l’omniprésence américaine. Les britanniques sont comme à l’accoutumée beaucoup plus terre à terre. De surcroît c’est un pays qu’ils connaissent. Mais surtout ils ont de la poussière dans leurs chaussures et de l’expérience sous leur ceinture, ils savent travailler dans ces conditions et l’Histoire a sans doute laissé des traces dans leur mémoire collective. Mais comme on dit en anglais : Time will tell.
Jean-Sélim a reçu, à titre posthume, la légion d'honneur qui fut remise le 27 Fevrier à Genève par l'ambassadeur de France Lire l'article de la Tribune de Genève voici le message , lu ce jour là, de Koffi Annan 27/02/2004
EN LUI REMETTANT, A TITRE POSTHUME, LES INSIGNES DE CHEVALIER DE LA LEGION D’HONNEUR, LA FRANCE REND UN HOMMAGE BIEN MERITE A JEAN-SELIM KANAAN, ESTIME KOFI ANNAN . Ce message de Kofi ANNAN lu par le Directeur du Cabinet du Secrétaire général, Iqbal Riza: C’est avec fierté, mais aussi avec une profonde tristesse, que je m’associe à l’hommage qui est rendu aujourd’hui à Jean-Sélim Kanaan. Jean-Sélim avait choisi de mettre son talent, sa passion et sa générosité au service de l’humanité. A 33 ans, il avait déjà consacré près de la moitié de sa jeune vie à combattre pour la justice et la liberté, et il l’avait fait là où cela compte vraiment – sur le terrain, aux côtés des opprimés et des déshérités de la planète. En lui remettant à titre posthume les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur, la France lui rend un hommage bien mérité. Tout au long de sa carrière, Jean-Sélim a travaillé sans relâche pour défendre ses idéaux que ce soit en Somalie, en Bosnie, au Burundi, au Kosovo, au Siège des Nations Unies à New York ou, finalement, en Iraq. Brillant diplômé de Harvard et de l’Institut de Management International de Paris, il forçait l’admiration, et, par son intelligence, son énergie et son courage, le respect de ceux qui le connaissaient. Ses origines française et égyptienne, sa maîtrise de sept langues et son ouverture aux autres avaient fait de lui un véritable citoyen du monde. Il avait traversé les océans à la voile, piloté des avions et grimpé les plus hautes montagnes. Il comptait des amis aux quatre coins du monde. Mais ses plus grandes joies furent sans doute son mariage avec Laura et la naissance de leur fils, Mattia-Sélim, qui avaient apporté une dimension nouvelle à sa vie. Cette cérémonie est un hommage au père, à l’époux, au fils, au frère, à l’ami et au collègue qu’était Jean-Sélim. Chacun de ces rôles, il les a assumés avec dévouement, honnêteté et générosité. Nous garderons de lui le souvenir d’un homme qui s’est battu jusqu’au bout pour rendre notre monde meilleur. Son exemple, comme celui de tous ceux qui luttent pour la justice et la paix, continuera de nous inspirer. Puisse-t-il aussi apporter quelque réconfort à Laura et à sa famille dans ces moments si difficiles.
Laura nous a dit ce jour-là:
Genève, le 27 février 2004
Pour nous tous qui aimons Jean-Sélim, le vide
de son absence nous laisse encore senza respiro. Parmi toutes les valeurs de Jean-Sélim que nous célébrons
aujourd’hui, la plus importante, à mes yeux, est son obstination à combattre
sa propre indifférence. Après que les projecteurs officiels se seront éteints
définitivement, je crois que la meilleure façon pour chacun
de nous d’honorer la mémoire de Jean-Sélim est, à notre
façon, de perpétuer le combat contre l’indifférence,
en nous et autour de nous. Ne nous renfermons pas dans notre petit périmètre. C’est dans ce même sens que je souhaite que tous ensemble nous
unissions nos forces pour divulguer le livre de Jean-Sélim, « Ma
guerre à l’indifférence » dans les écoles
et les universités. Je remercie monsieur l’Ambassadeur de France pour son hospitalité et je pense que le moment est arrivé de remplir nos verres et de les lever au ciel pour un « brindisi » en l’honneur de notre Jean-Sélim.
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