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Accueil | Presses et Textes | Galerie photos | Famille | Liens | Contact | Livre d'or | 01-Déc-2003 |
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Propos lus dans le Nouvel Observateur , le 6-10 2003 J’ai assisté à la fin de vie d’un ami,
Pierre Pradier, le cofondateur de Médecins du Monde. Il souffrait
d’un cancer. Il est mort près de sa femme, Danièle et de
ses amis, dans la tendresse. Je ne sais pas s’il a appuyé un peu
plus sur la pompe à morphine. Un jour, avec Danièle et ses
copains, nous avons voulu le forcer a manger. Il s’est dressé sur
son lit et doucement il a dit «Les mecs, vous m’emmerdez. C’est
moi qui vais mourir.alors c’est moi qui décide. » Et tout
le monde a ri, de tendresse, d’amour. Je voudrais que tous les Français
puissent s’en aller ainsi. (Propos recueillis par Martine Gilson). Notre élection au Parlement Européen avait causé un scandale, Par superstition et un peu de bêtise, j'avais voté pour lui, il avait voté pour moi. Nous n'étions pas sur la même liste puisque, avec mon mouvement Réunir, j'avais suivi Michel Rocard, et que Pierre Pradier, lui, se présentait derrière Bernard Tapie et ses amis de Radical. Cela se sut, tout simplement parce je l'ai dit un soir d'été à l'université. Dans cet échange la démocratie n'a rien perdu, ni les socialistes, ni les radicaux : toutes les voix se valent, à la fin l'addition fut la même et j'avais mené rudement campagne pour la liste socialiste. Mais la gauche dite plurielle n'existait pas encore. On me reprocha vivement le chassé croisé de nos bulletins. Délit de naïveté, peut être, délit d'amitié et d'humour sûrement voilà qui ne me déplaît pas pour définir mes relations avec Pierre. Au tout début du commencement, ce fut Pierre Pradier, premier Président de gauche (on disait "mino") de l'UNEF, que le jeune étudiant en Médecine que j'étais, militant pour l'indépendance de l'Algérie et contre le Stalinisme oui, d'un même élan , admirait tant. Une vraie génération, que celle là ! Quelques années plus tard, j'avais fondé Médecins Sans Frontières. Je savais que c'était une organisation qui compterait dans la politique, et inventait le devoir d'ingérence, mais je n'osais pas le dire. Quand Pierre nous rejoignit, je sus que nous ne nous étions pas trompés. Et lorsqu'il fallut fuir les nouveaux humanitaires professionnels et les déjà bureaucrates pour fonder Médecins du Monde, Pierre Pradier suivit la danse. Avec lui, l'arrivisme ne fera jamais de vieux os ! Nous avons traversé tant d'aventures, du Liban au Rwanda, en vingt cinq ans d'agitations. Ce Pradier, avec sa tête de capitaine courageux frappé par les embruns, fut de toutes les batailles de l'humanitaire. En un mot, nous étions de la même maison, tant et si bien qu'à Bruxelles, nous partageâmes le même appartement. Au Parlement, j'ai aimé ses indignations de jeune
député et de vieux militant, son sérieux, son travail,
ses angoisses, son rire. Nous étions une belle bande, Pierre, Dany,
José Maria, Olivier qui vint lorsque je partis. Et Danielle, bien
sûr, refuge des angoisses et de toutes les tendresses. Nous oscillons
entre le casting d'un film italien : "Nous nous sommes tant aimés"
et l'oeuvre de Sydney Pollack "The way we where". Nous étions
les derniers à rire très fort, très tard le soir,
dans les boîtes et dans les bistrots avec nos assistantes, nos petites
alliées, comme aurait dit d'Astier. Nous avions bâti, un
"Forum pour la prévention active des conflits", rejoint
par une foule de députés européens, toutes Nations,
toutes étiquettes confondues, sauf droite extrême. C'était
le seul endroit où l'on pouvait s'exprimer longuement et librement
sur toutes les minorités menacées. Et y fomenter les complots
de coeur et des droits de l'homme. Bernard Kouchner et Quand il est allé dire adieu à l’un de
ses plus vieux amis qui se mourait d’un cancer, dans la villa Guernica
de l’avenue ( Lu dans L’Express le 09/10/2003 )
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