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Toi tu voteras! (..1957!..)

Quand on cherche à rédiger un appel à l’électeur pour le convaincre qu’il doit voter, il semble bien inutile de faire de grands efforts d’imagination. Dés notre entrée à l’école maternelle, nous avons fait connaissance avec quelques slogans catégoriques qui ornaient régulièrement les façades austères de nos prisons. Avant même d’apprendre l’histoire de Ganelon, nous savions qu’il existait des traîtres : les abstentionnistes.
Pour chasser cette redoutable espèce, nos grands publicistes républicains ont créé un certain nombre de syllogismes-chocs qui, pour être peu éducatifs n’en sont pas moins, croit-on, efficaces : « Si tu ne votes pas... Durand est élu. La France est foutue ». Forcer les gens à choisir entre des programmes, des orientations, des réalisations, cela est folie. L’exigence d’un effort de réflexion ne peut que faire déserter le chemin des urnes. Frappons donc sans vergogne sur ce solide réfléxe archaïque de défense. La réponse en est sous-corticale peut-être mais elle existe.
La peur du grand méchant loup doit être telle que chacun s’exonère de son vote malgré lui et sans autre forme de
méditation. Pour le reste, pas de problème, on se chargera ou mieux de vos interêts
qui, comme chacun sait, sont justement les nôtres. l’avenir sera le passe amélioré. Pas d’aventures, pas de révolution, du stable, du sûr, du dur, votez Dupont.
Il faut que l’électeur se sente engagé corps et biens doris lu bataille. C est Sodome ou Monaco.
On doit avouer que nos meneurs de marionnettes ont de quoi convaincre les plus fervents pécheurs à la ligne.
La conclusion toute naturelle qu’ils cherchent ainsi à imposer, est qu il existe deux catégories de citoyens ceux qui votent, les enfants de 89, les démolisseurs de la Bastille, les fiers descendants qui ont bien mérité, les piliers du régime. Peu importe s’ils passent ensuite leur temps à tirer ou pigeon, à jouer aux courses ou à frauder le fisc. Ils ont voté, ce sont de fiers démocrates.
Au contraire, les outres, les salops, les suppôts, les affreux, quels que soient leurs mérites, ils n’ont plus droit à
rien :ni de protester, ni de discuter, ils doivent tout subir. C’est la race inférieure de nos républiques :
les abstentionnistes.
Le fait de voter prend ainsi l’aspect de l’unique épreuve sons lendemain du diplôme de démocrate. On pourrait croire ainsi que tout se résume à mettre un bulletin dans une urne.
Si nous désirons très vivement que vous vous dérangiez pour voter le 12 février, lors des élections de 1’A.G , nous nous refusons à convaincre les hésitants en employant, sinon par dérision,des moyens aussi primaires.
C’est pourquoi, pendant tous ces jours, nous avons tenté de faire un réel effort d’informations, pour que chacun
puisse se décider, s’il le veut, en connaissance de cause.
Il nous faut, je crois, seulement ici, insister sur trois points indiquant l’importance de ce scrutin.
- ___ Voter, c’est d’abord renforcer la puissance revendicative de notre Association. Bien montrer que notre organisme
n’est pas un guichet, mais bien un mouvement dans lequel chacun se sont participant de l’action entreprise, avant d’être son bénéficiaire. Notre action syndicale n’a de valeur réelle que si vraiment elle représente une opinion qui ne peut guère se mesurer que lors de ce scrutin. Nous savons ce qu’il y a d’arbitraire dans cette mesure, mais l’extérieur nous jugera en, fait sur cela. Combien d’étudiants se déplaceront àl’appel de leur jeune Association ? Notre puissance matérielle, quelle que soit son importance, ne pourra jamais remplacer ces minutes que vous donnerez pour nous assurer de votre attention.
— Voter, c’est ensuite orienter.
Le comité compte éditer un certain nombre de tracts-programmes aussi précis que possible, en évitant les mirifiques promesses qui fleurissent si vite, malgré la froidure, les veilles d’Assemblée générale. L’application de ce programme sera l’occupation principale du comité pendant un an, c’est dire son importance.
Son adoption ou sa transformation dépend uniquement de vous: le Comité ne peut revenir sur les décisions d’Assemblée et c’est à vous d’élire les hommes capables de les appliquer. Si les orientations adoptées sont incohérentes, si des incapables sont chargés de les appliquer, les absents du 13 lévrier s’apercevront alors, un peu tard, de la gravité de leur négligence.
— Voter, enfin, c’est encourager.
Certes, les responsabilités que nous assumons, personne ne nous obligeait à les prendre. Nous ne sommes ni des héros, ni des génies, et ce n’est ni pour être encensés, ni pour être décorés que nous donnons une partie, souvent grande, de notre temps pour obtenir ce que nous crevons être un progrès pour tous.
La joie du travail en équipe et de la lutte comnune, la conviction d’être utiles et de faire un travail d’avenir, la fierté de gérer par nous-mêmes et contre beaucoup des services techniques importants et bien d’autres découvertes encore, nous payent largement de ce temps donné et des soucis accumulés.
Pour nous, le grand danger reste de nous isoler de vous tous que nous représentons. Nous comptons, cette année, employer de multiples moyens pour maintenir le dialogue et la discussion. Cependant, de votre côté, il vous faut faire aussi un effort de collaboration et d’attention. Le grand nombre des votants serait, dans ce sens, un des meilleurs gages pour l’avenir.

J-C. DELAPORTP,
Président de l’AGEMP


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