| |
8
août
1966... 16h20 : Appel téléphonique à l'hôpital!
un accident sur la RN10: Deux blessés graves. Un
véhicule
médicalisé se
rend sur les lieux... Un médecin est à bord. Du jamais
vu!
Ce qui n'était pas encore le SAMU 64, ce que l'on appelait déjà "l'antenne" de
l'hôpital assure le relevage, les premiers soins, l'immobilisation,
le transport de ces blessés. L'un vers une clinique de la ville,
l'autre vers le centre hospitalier, où il est attendu et opéré dans
l'heure.
Tollé général !
"
On brade la dignité de la médecine. Qu'est ce qu'une blouse
blanche vient faire sur le bord de la route ? C'est du détournement
de clientèle !" Les propriétaires de cliniques se réunissent,
les ambulanciers s'émeuvent, les pompiers s'interrogent. Convocation à la
Sous-Préfecture : "Allons, les hospitaliers, soyez raisonnables,
vous voyez bien que ce système n'a aucun avenir...!!" Sud Ouest
ouvre largement ses colonnes aux protestataires, pas toujours désintéressés.
L'argumentaire se déploie depuis la leçon de médecine,
style café du commerce, jusqu'à l'attaque plus directe.
"
L'Hôpital tire la couverture à lui... c'est du socialisme
masqué, on veut la mort de la médecine libérale...".
Le ton monte, la mairie d'Anglet interdit le territoire de sa commune à "l'antenne" par
un arrêté municipal qui ne manque pas de sel
Devant les chirurgiens, propriétaires des cliniques de la
ville, le Président du Conseil de l'Ordre convoque les médecins
hospitaliers responsables. Xavier MAURIN et Pierre PRADIER, dangereux fauteurs
de troubles, comparaissent : c'est l'aréopage !
Ces trublions cherchent seulement à se faire mousser…
Une bonne algarade suffira à rétablir le statu-quo-ante…
L’atmosphère est courtoise, un peu tendue
Le président, s’adresse aux médecins de l’hôpital :
«
Mes chers confrères,nous savons bien l’intérêt que vous portez
aux malades et aux blessés et cela vous honore,
mais de là à envoyer médecin et infirmier sur les lieux
d'un accident, vous m'avouerez .... D'autant que vous lésez ainsi les
légitimes intérêts des ambulanciers, qui se dévouent
sans compter auprès des blessés, des cliniques privées,
qui assurent un travail admirable pour les sauver, vous mettez les pompiers dans
l'embarras, vous semez le doute dans l'esprit de nos concitoyens, bref le mieux
serait que vous vous teniez tranquille... Après tout, les choses ne vont
pas si mal et votre zèle est intempestif, vous comprenez".
Xavier MAURIN demeure impassible, demi-sourire et persévérance. "Nous
continuerons !" Pierre PRADIER se lance dans un discours enflammé: "Le
service public, les avancées techniques, la sécurité, l'exemple
de l'étranger, la volonté d'être performants, le bénéfice
pour les malades..."
Résultat : le SAMU est né, les malades en danger, les blessés
graves, les urgences sévères, les nouveau-nés en détresse,
sont examinés, traités et transférés, sous surveillance
constante et, si besoin, font l'objet de manoeuvres de réanimation : intubation,
ventilation, entraînement électrosystolique, anticoagulation précoce...
d'autres techniques encore. Des centaines de gens ont bénéficié de
ces soins, des dizaines d'entre eux leur doivent la vie. Le SAMU a progressé,
il a couvert l'ensemble du territoire national.
Trente ans après, qui pense encore au tohubohu qu'a provoqué son
apparition ?
Personne... Heureusement !
Dr. Pierre PRADIER
Fondateur SAMU 64 A
|