Presses et Textes Galerie photos Famille Liens Contact Livre d'or 01-Déc-2003 
 

 

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Cher Pierre,


En l'absence du Président de la C.M.C., je me dois de t'adresser au nom de tous les amis qui t'entourent aujourd'hui, ces quelques mots.
J'espère que tu comprendras mon émotion, en partie due au fait que je n'ai pas ton grand talent d'orateur, mais surtout due au fait que, tandis que je t'adresse ce discours d'adieu, je ne peux m'empêcher de me souvenir que voici presque 17 ans, jour pour jour, c'est toi même qui m'avais accueilli à bras ouverts dans cet Hôpital.
Avant de devenir bayonnais, j'avais fréquenté quelques services hospitaliers bordelais, d'avant 1968, où du haut de leur splendeur bordelaise, coincée, B.C.B.G. et empapillonnée, des patrons s'étaient efforcés de m'apprendre quelques rudiments de médecine. En arrivant à BAYONNE, mes patrons furent le regretté Docteur Xavier MAURIN et toi même. Quel changement ! J'ai cru débarquer sur une autre planète ! Vous veniez travailler sur de grosses motos, en col roulé, blouson et jeans ! Quel accueil simple et chaleureux à l'égard du jeune interne que j'étais. Je me souviens d'une des premières paroles que tu m'as adressée : "Père DARPEIX, ici, on se tutoie, et je ne voudrais pas que tu sois le premier interne à me faire sentir le fossé entre les générations".
Quelques mois plus tard, tu avais également beaucoup surpris celle qui allait devenir mon épouse. Le jour où elle était venue se présenter à toi avant de prendre ses fonctions dans ton service, elle s'était retrouvée un quart d'heure plus tard, et le plus naturellement du monde, invitée à déjeuner à la table familiale des PRADIER à BIARRITZ.
Je ne vais pas ici énumérer tout ce que le Centre Hospitalier de BAYONNE te doit. Tout le monde connait ta brillante carrière dans cet Etablissement et comment, par ton esprit d'initiative et ta maestria, ont été créés ou se sont développés l'anesthésie, la réanimation, les Urgences, le S.A.M.U.
Il me parait plus important de souligner dans quel esprit, dans quel climat tu as travaillé. Par ta légendaire bonne humeur et ton sourire, tu as souvent rendu à tous la vie plus facile dans cet Hôpital. Dans tout ce que tu as entrepris, il y a eu avant tout du coeur, de la passion, de la générosité, du panache, de l'humour, un formidable enthousiasme que tu as su rendre communicatif et j'ajouterai, pour définir un peu mieux le style PRADIER, un don extraordinaire de communication, et une aptitude réelle à savoir te remettre en cause.
Tu as pu étonner, voire irriter parfois, par ton surprenant éclectisme, ta grandiose possibilité d'adaptation à toutes les situations, tes bouillonnements et débordements de nouvelles idées. Si tout le monde n'a pu marcher à ton pas, personne ne t'en a jamais voulu.
Je me souviens encore de certains de tes projets les plus fous. Tu voulais, un temps, monter un scénario de roman photo médical avec le personnel du service ; après, ce fut le scénario d'un film d'épouvante où l'on aurait vu des malades de Réanimation subitement réveillés, se dresser tous bardés d'appareils et de tuyaux et organiser une révolte contre le pouvoir médical ! Plus récemment, tu m'as parlé de ton projet de programme logiciel pour Minitel "Allo ZANIMO" pour centraliser toutes les demandes concernant les animaux, toi qui n'a pas même un canari chez toi!
Plus sérieusement, tu nous as fait partager ou discuter tes idées généreuses et humanitaires. Nous avons tous suivi ton cheminement et ta participation à médecins sans Frontières, puis Médecins du Monde, à l'Ile de Lumière et, maintenant, ton programme d'enseignement de l'anesthésie dans le Tiers Monde.
Professionnellement, tu as initié une foule d'internes à l'art de maîtriser l'urgence, toujours avec beaucoup de compétence et de bonne humeur. Je pense que tous garderont le souvenir de ton extrême disponibilité quand ils faisaient appel à toi.
Tu as eu ton bâton de maréchal dans la carrière hospitalière. On aurait pu penser que tu allais te contenter de couler des jours tranquilles jusqu'à la retraite, à BAYONNE où, comme tu le disais souvent, les choses baignaient dans l'huile. C'était, bien sûr, se tromper que de penser çà de toi.
Tu as été appelé à de nouvelles responsabilités dans de hautes sphères de la Médecine parisienne à la Pitié Salpétrière. Ce choix d'aller à PARIS, tu l'as fait non sans un certain courage, sachant tout ce qu'il comportait de difficultés, et tout ce que cela allait te demander d'effort, de remise en question personnelle ou professionnelle.
Te voilà donc embarqué dans une nouvelle carrière, très brillante, digne de toi, qui je l'espère te permettra de réaliser un tas de choses, avec toute l'énergie dont tu es capable, et toutes les
idées qui remplissement ta tête. Si nous sommes ici réunis aujourd'hui, c'est pour te souhaiter bonne chance.
Pour finir, je ne peux m'empêcher tout de même, d'envier ce service parisien, qui a su t'attirer en son sein, parce ce que, s'ils ne savent peut être pas encore, là bas, ce qu'ils ont gagné avec ta venue, nous ici, nous sommes un peu tristes parce que nous savons ce qu'on a perdu.