| |
Galerie_retour
Cher Pierre,
En l'absence du Président de la C.M.C., je me dois de t'adresser au
nom de tous les amis qui t'entourent aujourd'hui, ces quelques mots.
J'espère que tu comprendras mon émotion, en partie due au fait
que je n'ai pas ton grand talent d'orateur, mais surtout due au fait que, tandis
que je t'adresse ce discours d'adieu, je ne peux m'empêcher de me souvenir
que voici presque 17 ans, jour pour jour, c'est toi même qui m'avais
accueilli à bras ouverts dans cet Hôpital.
Avant de devenir bayonnais, j'avais fréquenté quelques services
hospitaliers bordelais, d'avant 1968, où du haut de leur splendeur bordelaise,
coincée, B.C.B.G. et empapillonnée, des patrons s'étaient
efforcés de m'apprendre quelques rudiments de médecine. En arrivant à BAYONNE,
mes patrons furent le regretté Docteur Xavier MAURIN et toi même.
Quel changement ! J'ai cru débarquer sur une autre planète !
Vous veniez travailler sur de grosses motos, en col roulé, blouson et
jeans ! Quel accueil simple et chaleureux à l'égard du jeune
interne que j'étais. Je me souviens d'une des premières paroles
que tu m'as adressée : "Père DARPEIX, ici, on se tutoie,
et je ne voudrais pas que tu sois le premier interne à me faire sentir
le fossé entre les générations".
Quelques mois plus tard, tu avais également beaucoup surpris celle qui
allait devenir mon épouse. Le jour où elle était venue
se présenter à toi avant de prendre ses fonctions dans ton service,
elle s'était retrouvée un quart d'heure plus tard, et le plus
naturellement du monde, invitée à déjeuner à la
table familiale des PRADIER à BIARRITZ.
Je ne vais pas ici énumérer tout ce que le Centre Hospitalier
de BAYONNE te doit. Tout le monde connait ta brillante carrière dans
cet Etablissement et comment, par ton esprit d'initiative et ta maestria, ont été créés
ou se sont développés l'anesthésie, la réanimation,
les Urgences, le S.A.M.U.
Il me parait plus important de souligner dans quel esprit, dans quel climat
tu as travaillé. Par ta légendaire bonne humeur et ton sourire,
tu as souvent rendu à tous la vie plus facile dans cet Hôpital.
Dans tout ce que tu as entrepris, il y a eu avant tout du coeur, de la passion,
de la générosité, du panache, de l'humour, un formidable
enthousiasme que tu as su rendre communicatif et j'ajouterai, pour définir
un peu mieux le style PRADIER, un don extraordinaire de communication, et
une aptitude réelle à savoir te remettre en cause.
Tu as pu étonner, voire irriter parfois, par ton surprenant éclectisme,
ta grandiose possibilité d'adaptation à toutes les situations,
tes bouillonnements et débordements de nouvelles idées. Si tout
le monde n'a pu marcher à ton pas, personne ne t'en a jamais voulu.
Je me souviens encore de certains de tes projets les plus fous. Tu voulais,
un temps, monter un scénario de roman photo médical avec le personnel
du service ; après, ce fut le scénario d'un film d'épouvante
où l'on aurait vu des malades de Réanimation subitement réveillés,
se dresser tous bardés d'appareils et de tuyaux et organiser une révolte
contre le pouvoir médical ! Plus récemment, tu m'as parlé de
ton projet de programme logiciel pour Minitel "Allo ZANIMO" pour
centraliser toutes les demandes concernant les animaux, toi qui n'a pas même
un canari chez toi!
Plus sérieusement, tu nous as fait partager ou discuter tes idées
généreuses et humanitaires. Nous avons tous suivi ton cheminement
et ta participation à médecins sans Frontières, puis Médecins
du Monde, à l'Ile de Lumière et, maintenant, ton programme d'enseignement
de l'anesthésie dans le Tiers Monde.
Professionnellement, tu as initié une foule d'internes à l'art
de maîtriser l'urgence, toujours avec beaucoup de compétence et
de bonne humeur. Je pense que tous garderont le souvenir de ton extrême
disponibilité quand ils faisaient appel à toi.
Tu as eu ton bâton de maréchal dans la carrière hospitalière.
On aurait pu penser que tu allais te contenter de couler des jours tranquilles
jusqu'à la retraite, à BAYONNE où, comme tu le disais
souvent, les choses baignaient dans l'huile. C'était, bien sûr,
se tromper que de penser çà de toi.
Tu as été appelé à de nouvelles responsabilités
dans de hautes sphères de la Médecine parisienne à la
Pitié Salpétrière. Ce choix d'aller à PARIS,
tu l'as fait non sans un certain courage, sachant tout ce qu'il comportait
de
difficultés, et tout ce que cela allait te demander d'effort, de remise
en question personnelle ou professionnelle.
Te voilà donc embarqué dans une nouvelle carrière, très
brillante, digne de toi, qui je l'espère te permettra de réaliser
un tas de choses, avec toute l'énergie dont tu es capable, et toutes
les
idées qui remplissement ta tête. Si nous sommes ici réunis
aujourd'hui, c'est pour te souhaiter bonne chance.
Pour finir, je ne peux m'empêcher tout de même, d'envier ce service
parisien, qui a su t'attirer en son sein, parce ce que, s'ils ne savent peut être
pas encore, là bas, ce qu'ils ont gagné avec ta venue, nous
ici, nous sommes un peu tristes parce que nous savons ce qu'on a perdu.
|

|