Accueil Presses et Textes Galerie photos Famille Liens Livre d'or 01-Déc-2003 
 

 

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Texte de J. Nouhen

 

LE DOCTEUR PIERRE PRADIER.

Dans le courant de 1960, je n’étais plus seul : 2 confrères étaient venus compléter le dispositif médical : Fr. Berton, au départ du 5ème hussards pour le sud algérois et Pierre Pradier, docteur en médecine, spécialiste en anesthésie-réanimation, élève du Pr. Laborit{ l’hibernation c’est lui). Malgré ses compétences hospitalières, mais â cause de ses activités dans le syndicalisme étudiant à Paris, Pierre s’est retrouvé dans le bled au 26èmeRim. – Le Dr Fr. Perrin l’a souvent « embauché » à la clinique de la mine : l’anesthésie par intubation est plus confortable pour le malade et pour le chirurgien.
Pierre Pradier partageait ma « cellule » dans sa cantine, une collection importante de livres de la « Pléiade » allait lui permettre, disait-il, de refaire sa culture… ! une machine à écrire me tenait éveillé tard le soir : il écrivait â sa fiancée sur le ton de Mme de La Fayette, dixit mon compagnon de chambre ; les lettres à son percepteur méritaient d’être lues à haute voix. !.
Une nuit, lors d’un franchissement important du barrage, nous nous sommes retrouvés tous les deux, face â un grand blessé fellagha, sorti du champ de mines par un capitaine du 26. L’homme, allongé dans un camion, avait les 2 jambes arrachées et agonisait, encore conscient. La base d’hélicos de Tébessa ayant refusé l’évacuation de nuit, nous avons perfusé ce blessé avec des flacons citratés contenant du sang, groupe universel, recueilli illico sur des appelés du régiment, convoqués presto grâce au fichier de l’infirmerie.

Fr. Pcrrin a accepté le tranfert du blessé à la clinique, où l’amputation des deux jambes a été pratiquée ; les deux jambes sont restées dans le bloc opératoire, à la grande surprise des infirmières le lendemain, mais le blessé, inconscient, a été installé par terre sur un brancard dans F infirmerie du 26 nuit et jour, P. Pradier a lutté pour la réanimation : je ne faisais que suivre ses instructions ; au bout de 48 heures, le blessé a repris connaissance et nous a interrogés sur ce qui lui était arrivé.

Son état s’étant amélioré grâce aux perfusions, que nous avions continuées, nous avons alors décidé son évacuation vers l’hôpital militaire de Tébessa par notre vieille ambulance ; trois, quatre infirmiers faisaient partie du déplacement.
Le soir, au retour, stupeur. «froid dans le dos ». les infirmiers nous ont rendu une grenade quadrillée défensive, que l’officier fellagha avait gardée sur lui pendant tout cet épisode.
Il leur a tendu l’engin explosif dans l’ambulance pendant le trajet « vous m’avez bien soigné... je ne pouvais pas vous faire « sauter »…. !

Pierre Pradier nous a quittés pour hôpital Maillot à Alger. .Jai expédié par le train sa cantine très lourde de livres et de... munitions pour une carabine de chasse, qu’il avait récupérée !! L’Algérie était en plein PUTSCH des Généraux. Les appelés ont « boudé » cet événement.