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Accueil | Presses et Textes | Galerie photos | Famille | Liens | Contact | Livre d'or | 01-Déc-2003 |
Vraiment, je ne m'imaginais pas que l'on m'aimait autant". Et pourtant Pierre… Quand la maladie est entrée dans son stade ultime et que son terme très proche n'a plus fait de doutes pour lui comme pour les siens, alors ont redoublé, témoignages, visites, messages, électroniques et autres ; bref, toutes les manifestations de l'attachement immense que tant ont porté à ce sacré bonhomme. Et Pierre, émus aux larmes, a pu être le témoin, pour une fois encore émerveillé, du combat frontal, violent, des forces d'amour, d'affection, d'amitié, de fraternité coalisées à son chevet et acharnées à repousser l'inéluctable. Et aujourd'hui, quelques jours après son départ, je ne sais si finalement la victoire de cet ultime combat aura été du côté que l'évidence propose. Grâce, toujours et encore, à Danièle, son épouse, dont l'amour, la lucidité et le courage l'ont permis, le 25 avril à Biarritz, Pierre, comme il l'avait voulu s'est éteint chez lui, à "Guernica", là où tant des rêves de Médecins du Monde sont nés. Avec élégance et une totale sincérité, jusqu'au bout il s'est concentré, rassemblé, pour donner encore aux siens, à ses amis, des moments, dire son déchirement de quitter cette vie autant que son bonheur de l'avoir vécu avec eux. Et quand Claude Moncorgé pensant que j'étais à Médecins du Monde, hasard de la vie ? Nécessité de l'amitié ? Et Biarritz oblige ! Parmi ceux qui étaient restés proche de Pierre au cours de ces 10-15 dernières années, m'a demandé d'évoquer pour "Actualités" sa mémoire, laissant de côté le chagrin personnel, privé, je n'ai pas voulu me dérober, fort de deux certitudes. Assurément, Pierre aurait détesté un article nécrologique hagiographique, convenu et de circonstance. Cela a était fait, comme il convient, mais ailleurs. Et c'est bien ainsi. Et le véritable événement médiatique provoqué par son décès et repris dans de nombreux pays et continents, l'aura probablement surpris mais aussi, peut-être, touché comme la reconnaissance publique du bilan d'une vie qu'il n'avait pas attendue. Car ses amis le savent, il était modeste autant qu'il était flamboyant. Plus sûrement aurait-il été heureux que pour une fois encore ses amis lui disent combien ils l'aimaient et pourquoi il l'aimait autant et tout particulièrement ici à Médecins du Monde. Car au final, quels qu'aient été les chemins suivis ses dernières années, MdM était et restait sa maison. Pas seulement parce qu'il en avait été le co-fondateur, l'un des Présidents et même le directeur mais simplement parce que, arrivé au moment où une vie atteint sa maturité, ses idéaux les plus élevés, sa générosité, son immense soif d'action, de fraternité et d'universalité avait pu se fondre et s'incarner dans cette extraordinaire aventure que fut la naissance de Médecins du Monde. "Médecins du Monde" ! Comment dire aujourd'hui
notre reconnaissance à ceux dont Pierre était, qui l'auront
inventé et ainsi nommé. Partout où il sera passé, sa présence
toujours recherchée apportait un étrange sentiment où
se mêlaient légèreté et plénitude :
en un mot, avec lui on se sentait bien. Dire qu'il était enthousiaste ne suffit pas à rendre compte de cet élan vital, profond, constant, boulimique. Certain que toute action humaine contre la souffrance et le malheur des autres, modeste ou d'envergure, peu importe, est utile, fondamentalement utile. Adepte forcené de la maxime "seuls les enthousiastes vivent quand les prudents ne font que survivre", sa légendaire bienveillance trouvait rapidement ses limites auprès des grincheux, des calculateurs, des sectaires, des trop prudents, des cyniques dont il se détournait promptement. Brillant, chaleureux, charmeur et drôle, un rien
mondain, un brin rive gauche, insouciant et léger, d'aucuns auraient
pu le croire tout en surface. Quelques années plus tard, en remplaçant
son frère Jean et son beau-frère Charles Dumora je l'ai
retrouvé soignant, soutenant des réfugiés politiques
opposants à la dictature franquiste alors durement persécutés. Qu'aura-t-il éprouvé, en retrouvant ces
dernières années, deux Basques, ses amis Anttoni Irazusta
et Arnaud Bourdé, vice présidents de l'Association, tous
deux issus du groupe bayonnais ? Pierre aimait la liberté, éperdument,
la sienne autant que celle des autres. A Bruxelles, il a été actif, créatif et, je crois aussi très heureux. Y retrouvant Bernard Kouchner, l'ami, le frère, l'espagnol et basque José Maria Mendiluce précédemment rencontré en Bosnie, Dany Cohn Bendit aussi, il s'emploie aussitôt à créer un forum intergroupe de prévention des conflits armés. Jusqu'à la fin de son mandat, il ne cessera un instant de tendres mains et ponts, ne consacrant pas une fraction de seconde à une éventuelle réélection à laquelle tous s'emploient. Mais dans le monde politique, ses règles, ses
contraintes, ses hypocrisies aussi, il sera passé en extra-terrestre
et c'est vers l'humanitaire qu'il est revenu, l'avait-il vraiment jamais
quitté ? N'y as-tu pas réussi ? Alors ! Merci Pierre. Adieu ? Non… Hasta siempre. Docteur J-Pierrre DAULOUEDE
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