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Son Œuvre
Membre de la Commission juridique, des Libertés
Publiques et des Affaires Etrangères, Pierre Pradier s'est attelé
avec sérieux et persévérence à la rédaction
de cinq rapports. Foulant au pied le sacro saint "politiquement correct",
principe de rigueur dans tout hémicycle de cette fin de siècle,
il a traité chaque sujet en s'éloignant des sentiers battus
à la recherche d'innovation. Adoptés à la quasi unanimité,
les votes ont parfois même été suivis d'une ovation.
Quelques mots sur ces rapports.
En mars 1995, le médecin devenu député rédige
son premier rapport qui porte sur... la sécurité transfusionnelle
et l'autosuffisance en sang dans l'Union européenne. Après
le drame de l'affaire du sang contaminé, l'objectif d'un tel rapport
est de restaurer et renforcer la confiance dans la sécurité
de la filière transfusionnelle et d'assurer l'autosuffisance. Pierre
s'oppose alors à la logique du secteur industriel du plasma: "La
libre circulation des marchandises est certainement un dogme sacré,
l'exercice des activités industrielles génératrices
d'activités économiques et de prospérité constitue
certainement une intouchable vérité, mais très crûment
la vie de nos concitoyens est probablement plus importante".
Fidèle à lui même, le deuxième sujet abordé
par Pierre n'a absolument rien à voir avec le premier.
C'est ainsi qu'en avril 1996, il demande la conclusion
de l'accord de coopération entre la Communauté européenne
et le Royaume du Népal. Il se passionne alors avec conviction pour
cette monarchie constitutionnelle dirigée par le Roi Birendra Il,:
"Le Népal, ce petit pays de vingt millions d'habitants coincé
entre deux géants ne suscite pas un immense intérêt
en Europe depuis que Katmandou n'est plus synonyme de voyages initiatiques,
comme dans les années 70".
Toujours branché, Pierre ne laissera pas passer l'occasion de se
prononcer sur la liberté d'expression sur le réseau Internet.
La connexion, le site, le serveur, le provider n'ont plus de secrets pour
lui. Protéger les plus faibles, punir les plus malins mais attention
dit il "quand un droit est sacrifié pour en protéger
un autre, ils sont tous les deux irrémédiablement perdus,
sachons le". La liberté d'expression, le respect de la vie
privée, celui de la correspondance en l'occurence, guident sa réflexion,
prenant comme parfois le recul nécessaire : "il convient de
ne pas céder à un fantasme collectif qui ferait craindre
que toutes les ordures dela terre viennent, à travers l'écran
des ordinateurs, envahir les bureaux des entreprises ou les salons bourgeois.
IL faut savoir raison garder et combattre comme il convient les contenus
illégaux et préjudiciables sur le réseau. C'est la
responsabilité et la solidarité qu'il faut privilégier".
En avril 1997, lors du débat en séance plénière,
Monsieur Le Gallou du Front National s'emportera :"ce qui caractérise
le rapport de M. Pradier, c'est l'hypocrisie (...) et ce qui est visé,
ce ne sont pas des comportements infâmes, ce sont les opinions et
les idées non conformes à la police de la pensée."
Suffisamment convaincant sur cette question des réseaux, la commission
des Libertés Publiques lui demandera un an plus tard son avis sur
la constitution d'un cadre commun pour les signatures électroniques.
Un enjeu de taille puisque le commerce électronique devrait atteindre
220 milliards de dollars cette année. Pierre s'oppose alors au
libéralisme fou : "Le savoir faire des marchands, des banquiers,
des informaticiens pour faire d'un réseau inadapté aux nécessités
économiques un espace de transactions commerciales ne doit pas
nous faire oublier que la protection des données personnelles et
la constitution de dossiers orientés sont souvent te parent pauvre
des problèmes juridiques posés par le développement
du commerce électronique. "
Son dernier rapport lui tiendra particulièrement à coeur
parce qu'il porte sur des questions et valeurs qui le touchent particulièrement.
Ce rapport rassemble tout ce qui lui fait tourner la tête: la liberté,
l'homme, la punition, la dignité, l'in
justice, la santé, la drogue, l'État, la victime, le délinquant.
C'est le 16 décembre 1998 en séance plénière
que Pierre présente son rapport sur les conditions car cérales
en Europe "Monsieur le Président, Madame le Commissaire, je
suis très honoré de parler devant vous, parce que je pense
que, aussi bien le Conseil, que la Commission, que le Parlement, auront
à prendre des décisions importantes sur le sujet qui nous
concerne. Effectivement, ce sujet n'est pas extrêm ment populaire.
Ce n'est pas très électoral. Mais laissez moi quand même
vous dire qu'aujourd'hui, à l'heure qu'il est, à neuf heures
du soir, 400 000 de nos concitoyens européens sont en prison. Pour
peu que l'un ou l'autre ait la malchance, ou peut être le bonheur,
d'avoir un conjoint, un ou deux enfants, ou des vieux parents, c'est entre
un million cinq cent mille et deux millions d'Européens qui sont
très directement concernés, à l'heure qu'il est,
par la condition des prisonniers. Aujourd'hui, la prison est un mal nécessaire.
,Son rôle, qui est celui, d'une part, de priver de leur liberté
un certain nombre de délinquants, c'est à dire un rôle
un peu punitif, doit se doubler, à l'évidence, d'une préparation
à la sortie, d'une réhabilitation, d'une rééducation.
Est ce la peine de vous dire, mes chers collègues, que cette mission
là, la prison en Europe ne la remplit pas ou la remplit très
mal, sauf dans de très rares pays, et nous aurons au passage l'occasion
de leur rendre hommage. Qui est en prison? Je vais vous le dire, qui est
en prison. IL ne s'agit pas de faire d'angélisme. Ceux qui sont
en prison sont coupables, sont condamnés. Et peut être est
ce ainsi un bien. Mais qui est ce? Ce sont des pauvres" et la plupart
d'entre eux sont en dessous du seuil de pauvreté. Ce sont des illettrés,
ou des gens dont l'éducation est manifestement déficitaire.
Ce sont des gens démunis de, références éthiques,
internes ou familiales, ce sont des gens qui sont en même temps
des chômeurs, ce sont des gens qui sont victimes de la délinquance
avant d'en avoir été les auteurs. Enfin, ce sont des gens
dont la santé somatique ou psychologique est gravement compromise.
95% de ceux qui sont aujourd'hui en prison répondent à au
moins trois de ces critères.
Les prisons sont surpeuplées, c'est vrai. Elles sont surpeuplées
parce qu'on condamne de plus en plus lourdement. On a parlé de
la nécessité de construire des prisons. Peut être
faut il en construire, et même à coup sûr. Certainement
pas pour en augmenter le nombre, mais pour donner de meilleures conditions
d'hébergement aux gens qui en sont les pensionnaires. Deux ou trois
éléments me paraissent importants. Le premier, c'est que
l'on fasse une place plus grande aux peines de substitution par rapport
à la prison. Partir pour deux ans en prison, cela n'a pas de sens.
Un petit délinquant, un petit malfrat, rencontre surplace de grands
criminels qui savent, eux, le convertir à la grande criminalité.
Et là dessus, un certain nombre de pays, par le biais des peines
de substitution, des travaux d'intérêt général,
des jours amendes, ont trouvé des possibilités de trouver
un amendement de meilleure qualité que celui de l'emprisonnement.
Un deuxième élément, qui me paraît
au moins aussi important, est la réparation. Lorsqu'un délinquant
a occasionné un dommage à quelqu'un, il faut que cette réparation
intervienne non pas vis à vis de l'État tout le monde s'en
moque, de la même façon que toute la population se moque
des prisonniers. Par contre, l'établissement d'un lien précis
entre le délinquant et sa victime est la réparation directe,
et probablement une des voies sur laquelle nous devrions avancer.
Je voudrais signaler à votre attention deux éléments
qui vont faire l’objet d’amendements. Je voudrais signaler à votre
attention deux éléments qui vont faire l'objet d'amendements.
Le premier, c'est qu'aujourd'hui encore, dans un certain nombre d'États,
la consommation d'une substance illicite suffit à vous envoyer
en prison. Ceci est une erreur. IL faut revenir sur cette erreur Là.
Dans ce contexte, je pense que la rencontre au sein de la Commission,
qui a été une rencontre extrêmement intéressante,
extrêmement vive, a permis d'obtenir un relatif consensus. Le deuxième,
c'est la privatisation des établissements. La violence institutionnelle
que constitue la privation de liberté est et doit demeurer un domaine
de l'État. C'est la fonction régalienne de l'État
qui doit assurer la discipline, le règlement, et la sécurité
à l'intérieur des établissements. Quelques pays ont
cru bon de pouvoir dissocier, de pouvoir déléguer cette
responsabilité à des entreprises privées. Dieu sait
si je suis pour l'entreprise privée, mais là, c'est un domaine
de L'État qu'il ne faut pas laisser partir. En tout cas, ce serait
notre noblesse de le garder à son nom".

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