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Accueil | Presses et Textes | Galerie photos | Famille | Liens | Contact | Livre d'or | 29-Jan-2004 |
Pierre Pradier Entretien avec Nicoletta Gardini
S’ensuivirent sept années de médecine à Paris. Et puis un certain intérêt pour l’action politique à travers l’UNEF et la représentation étudiante, le syndicalisme étudiant. Par après, à l’instar de la plupart des Français de ma génération, j’ai passé deux années en Algérie, des galons sur les épaulettes, en tant que médecin. J’étais alors un ardent partisan de l’indépendance de l’Algérie. Avant de partir, l’avais hésité entre répondre à l’appel ou passer en Suisse. Finalement, le suis parti à Tebessa, et c’est une expérience qui m’a beaucoup appris. La coïncidence a voulu que je sois soldat du contingent qui s’est opposé aux généraux félons pendant le putsch d’Alger. On a aussitôt constitué un groupe d’officiers républicains... A la fin de mon service militaire, j’ai épousé une jeune femme superbe dont j’ai eu trois enfants. A Bayonne, j’ai été nommé chef de service à l’hôpital. Commence alors une vie très active. C’était l’époque des “trente glorieuses” où il suffisait de demander pour recevoir Nous sommes en 1966. En mai’68, j’étais de ceux qui militaient la main sur le coeur et le drapeau muge au poing. Très peu de temps après, voilà un autre train qui passe et dans lequel je saute: la création de “Médecins sans Frontières”. A ce projet, succède celui de “Médecins du Monde’; mis sur pied par Bernard Kouchner. L’action humanitaire devient alors pour moi une sorte de substitut à l’action politique. C’est aussi une possibilité de regarder le monde autour de soi, une manière d’affiner son jugement à l’analyse, ce qui devient obligatoirement une analyse politique. De Bayonne, je suis ensuite revenu à Paris. Et
là, un autre train qui passe. A la Là bas, je me suis très vite frotté aux difficultés avec les autorités israéliennes, car je venais au titre de coordinateur des Nations Unies dans les territoires militairement occupés. J’habitais à Jérusalem. Pour ma voiture, j’avais troqué la plaque d’immatriculation des Nations Unies pour une plaque palestinienne. Une solution qui n’était pas vraiment pratique pour éviter les “check point” de l’armée israélienne, surtout lorsqu’en plus, on a le type vaguement arabe. Heureusement, j’avais le laisser-passer des Nations Unies! Très curieusement, à trois reprises dans ma vie, l’occupation militaire m’a rattrapé. D’abord, l’occupation allemande dans la maison de mon enfance. Plus tard, c’est moi qui portais l’uniforme en Algérie. Et voilà qu’en un troisième temps, je me retrouve en situation de témoin d’une occupation militaire dans les territoires palestiniens. J’ai vécu ainsi cette expérience à des postes d’observation différents. En Israël, j’ai rencontré beaucoup d’arrogance de la part de ceux qui sont en uniforme. C’est le royaume de l’arbitraire. Mais, d’autre part, la société palestinienne est réellement attachante. Il y aurait pas mal d’anecdotes à raconter à ce propos. En résumé, ce qui m’a le plus frappé est la manière dont les affaires les plus dramatiques et les plus chaleureuses se frottent et se mélangent avec une surprenante rapidité. Retour à Paris en 1992. Et voilà qu’un jour Bernard Tapie me contacte. En prévision des élections européennes de 1994, il est sur le point de constituer sa liste avec un choix de candidats aux talents variés, liés à la gauche mais de manière pas trop doctrinaire. Pour l’humanitaire, il avait pensé à moi. Sans y avoir trop cru, voilà que j’ai été
élu. Et j’en suis ravi car le monde du Parlement européen
est un monde très vivable et les gens y sont souvent clairvoyants
et responsables. En particulier, je suis très impressionné
par le respect qui existe d’une nation pour l’autre. J’ai
longtemps été ce que j’appellerais un “franco-franchouillard
» mais cette expérience m’a fait prendre conscience
que Attiré par les sujets de société, je suis membre de la Commission des libertés publiques et mes thèmes de prédilection sont: la libre circulation des personnes, le droit d’asile, les problèmes liés aux migrations des personnes, la toxicomanie, la coopération judiciaire, etc. Bref, tous les thèmes qui, par les temps qui courent, ne sont pas très électoraux! Mon dernier chantier est une radio, “Radio Espérance’; qui se veut la radio de la réconciliation, au Burundi. Cela fait deux ans qu’on émet à l’attention des jeunes entre 15 et 25 ans, tranche d’age parmi laquelle on a dénombré l’essentiel des troupes qui se sont livrés aux massacres du passé. L’objectif étant de ramener ces jeunes à une autre vision du monde: plus large, plus fraternelle, plus sereine. La chance a été une composante essentielle de ma vie. Certains vous diront qu’on a la chance que l’on mérite. Pas tout-à-fait! Mais il est sûr qu’avec les mêmes cartes à la main, il y en a qui se compliquent la vie. Cela tient d’abord à ce que j’appellerais les “hormones circulantes”. Je veux dire par là que certaines personnes, de par leur propre nature, ont plus d’aptitude au bonheur que d’autres. Ceci dit, je crois beaucoup à l’éducation. Le fait d’être choyé, aimé, entouré vous permet de refléter une aisance parce que vous avez confiance en vous. Mon appartenance religieuse est un fait majeur, bien que je ne sois pas un très bon chrétien. C’est un fil conducteur d’exigence qui m’a aidé à faire les choix qui se sont présentés au cours de ma vie en fonction d’éléments de fraternité, de responsabilité et de générosité. Je suis pourtant épicurien de nature, car j’ai une certaine capacité à tirer profit des heurs et malheurs de la vie. Peut-être s’agit-il là d’une forme d’égoïsme secret? Mon analyse de la nature humaine étant extrêmement sévère, je me définirai plutôt comme un pessimiste... mais du genre gai ! Pierre Pradier (ARE, F) membre de la Commission des libertés publiques et des affaires intérieures.
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