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Avez-vous connu Pierre Pradier ?
Maurice Goldring et Bernard Kouchner remettent en lumière
l'homme de Biarritz
Par : Christian Seguin
Bernard Kouchner le revoit sur l'« Ile-de-Lumière »,
un bateau-hôpital en mer de Chine, apprenant des chansons
aux enfants après avoir soigné les parents blessés
par les pirates. « Pierre Pradier, dit-il, personnifie le
mouvement humanitaire. Avec lui, c'est un peu l'époque des
pionniers qui se termine. » L'homme qui s'en est allé le
25 avril 2003 était un ami du plus grand nombre, un voisin
superbe que l'on croyait avoir sous la main et qui n'était
qu'intenable. Pierre Pradier était médecin anesthésiste à Bayonne
où il avait fondé le deuxième Samu de France
et activé un centre de métadone, cela sans cesser
de courir à l'ombre de la planète. Pourquoi chercher
le chaos quand on a trois enfants dans le sang et une épouse
dont on se sent si proche ? Pierre Pradier appartenait à la
petite poignée de médecins français qui voulait
aller au front des douleurs du monde. Sa spécialité fut
donc de disparaître à la demande, avec son serment
d'Hippocrate à lui. « Se ranger aux côtés
des petits, des abandonnés, des pauvres, des affamés,
des malades, sans demander une carte d'identité, c'est faire
de la politique. Après cela, au diable les partis, les appartenances,
les affiliations. Si la médecine nous apprend à être
un peu plus humain, c'est déjà un beau parcours. » Beaucoup
ont connu l'homme d'action, cofondateur de Médecins du monde,
dont il fut président puis directeur général,
le coordonnateur de l'OMS pour le Moyen-Orient, l'auteur d'un rapport
sur la santé mentale dans les prisons françaises,
le député européen, le chargé de mission
que rien ne semblait pouvoir contrarier.
L'homme solidaire.
Pierre Pradier avançait en souriant, quels que fussent le
tremblement de terre au Nicaragua, la panique de l'après-Ceaucescu à Bucarest,
la colère des rues de Mitrovica au Kosovo, ou on ne sait
quel désarroi congolais. D'autres ont connu le jeune lieutenant
précipité en Algérie, l'homme de famille habité par
l'écriture, enraciné près de la rue d'Espagne à Biarritz
au coeur de la villa Guernica, celui qui puisait sa souveraineté dans
le regard amoureux des siens.
Certains ont approché l'homme de foi qu'un principe opposait à l'avortement
mais qui se tenait prêt à interrompre une grossesse
pour venir en aide à la femme en détresse. Pierre
Pradier croyait en Dieu, à la Trinité, au droit d'asile
dans les églises, à saint Vincent de Paul, aumônier
des galères, à Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge.
D'autres encore l'ont découvert lorsqu'il avait pris en
charge, après dix-sept années d'emprisonnement, la
réinsertion de Gabriel Mouesca, militant d'Iparretarrak.
«
Que voulait-il prouver ?, demande Maurice Goldring ? Qu'en bon
chrétien il était capable de charité à l'égard
de ceux qui, idéologiquement et politiquement, étaient
ses adversaires ? » A ceux qui crurent s'engouffrer dans
cette contradiction apparente l'homme solidaire avait répondu,
après l'assassinat d'un journaliste d'« El Mundo » le
10 mai 2000 : « Ces tueurs exigeraient d'avoir voix au chapitre
? Trois balles dans la tête d'un adversaire politique ne
donnent pas droit à la parole. Si ceux qui applaudissent à ce
crime prennent un jour le pouvoir, nous aurons les SS dans la maison
et je m'en irai. »
Pierre Pradier est passé. Tous ont connu le même homme,
l'homme debout, l'un de ces mecs magnifiques que l'on regarde dans
les yeux, parfois, si rarement, dans la lumière de l'humanité.
«
Pierre Pradier, un homme sans frontières », par Maurice
Goldring. Atlantica. 290 pages. 20 euros.
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HOMMAGE. Pierre Pradier, mort le 25 avril 2003,
fondateur du SAMU à I’hôpital de Bayonne, est à l’origine
de Médecins du monde.
Un
livre lui rend hommage
Il portait la colère enbandoulière. Mais il portait
beau. Pas de ces colères destructives qui
finissent au fond d’une poubelle, non, plutôt de celles qui
fracassent les murs qui font bouillir le sang et venir les idées.
Au fond, il n’a jamais cessé d’être en colère.
Lorsqu’il évoquait les conditions misérables de détention
dans les prisons françaises au fil d’un rapport rédigé lors
des dernières années de sa vie, il était aussi
remonté que
l’adolescent luttant pour l’indépendance de l’Algérie,
que le jeune médecin-anesthésiste face aux
boat-people du Vietnam, à Beyrouth où les hommes manquaient
de premiers soins, au désastre de la Bosnie. n partait courir
le monde, porter sa goutte d’eau dans les déserts, sauver
des vies sans se prendre le chou ni en faire des tonnes. Modeste
parce que lucide.
Puis il rentrait chez lui, rue Jean Jaurès à Biarritz.
dans sa maison baptisée Guernika. Pierre Pradier est mort
d’un cancer le 25 avril 2003, après une vie forte et généreuse,
comme beaucoup en rêveraient.
Maurice Goldring, universitaire parisien a décidé de
raconter cet itinéraire exemplaire à travers un livre écrit
presque collectivement: lui, mais aussi Pierre Pradier et ses proches
ont pris le stylo. Un beau document qu’on a du mal à lâcher
et qui vous fait regretter de n’avoir pas été son
ami.
« Nous nous sommes rencontrés il y a sept ans, raconte
Maurice Goldring. Pierre m’avait invité à participer à un
colloque sur le nationalisme violent, par-ce que j’étais
spécialisé dans le conflit d’Irlande du Nord. ll
notait des similitudes entre L’IRA etl’ETA. Nous ne sommes plus
quittés et pour cause,j’ai rencontré sa soeur qui
désormais partage ma vie. Je suis donc entré par
effraction dans la famille. il y a trois ans, lorsque Pierre est
tombé malade il a voulu rédiger son histoire, sous
forme de courrier. Etant un homme de l’acfion et moi plutôt
de l’écrit, je lui ai proposé mon aide. Nous avons
travaillé ensemble plusieurs mois, je prenais des notes,
nous discutions du texte. Puis la maladie a gagné. »
Lorsque Pierre Pradier décède, Maurice Goldring reprend
ses notes. Les enfants de Pierre et son épouse Danièle
lui confient toutes ses archives personnelles. Des dossiers, des
lettres un trésor pour l’universitaire. «D’abord c’était
un gage de confiance incroyable de la part de sa famille, et puis
j’ai appris à connaître encore mieux le personnage à mesurer
son impact et les résonnances de ces actions. Il a fallu
du temps pour tout lire, trier. Mais je peux dire aujourd’hui que
ce livre est coécrit avec Pierre Pradier.Il est émaillé de
ses courriers et de ses réflexions sur la marche du monde. »
Difficile de résumer les activités qui ont jalonné la
vie de Pierre Pradier, il partait dans tous les sens, au gré de ses
convictions profondes. Fondateur du premier SAMU en France, c’est à l’hôpital
de Bayonne où il travaille comme chef du service réanimation,
il créé avec Bernard Kouchner Médecins du monde en 1980.
et devient partie prenante dans de nombreuses missions sur des zones en guerre,
d’une pauvreté immense. Entre 1991 et 1994 il prend la direction de
l’organisation humanitaire. il monte parallèlement le centre de méthadone
de Bayonne à la même époque, en 1995 le voilà élu
européen sur la liste de Bernard Tapie...
«
Ce livre n’a rien d’un roman d’aventures, reprend Maurice Goldring. Pierre
Pradier y livre ses convictions, notamment aussi le terrorisme au Pays Basque,
son amitié avec Gaby Mouesca: comment deux personnes dont les idées
fondamentales s’opposaient ont pu s’admirer mutuellement? ils arrivaient à se
dire les choses sans se fâcher. Au fil de la lecture des archives, j’ai
eu bonheur de m’enrichir, quel matière ! Plus le travail avançait
plus l’homme devenait intéressant. Ce qui m’a le plus impressionné chez
lui reste son incroyable propension à prendre des risques, il ne choisissait
jamais le confort. »
En fin d’ouvrage comme un ultime au-revoir, ses enfants Mathilde, Prançois
et Miren le racontent. Son épouse Danièle en filigrane tout au
long du livre. On se dit qu’ils ont eu bien de chance.
Isabelle Castera
« Pierre Pradier, un homme sans frontières » Préface
de Bemard Kouchner. Un livre de Maurice Goldring avec des textes
Pierre Pradier. Edité chez Atlantica.
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HÔTEL DE VILLE. Didier Borotra a célébré ce
grand Biarrot décédé il y a un an
«
Pierre Pradier est l’exemple de l’homme moderne qui s’est préoccupé des
problèmes de notre monde. C’était un grand homme
qui a honoré notre ville et notre pays».
A l’occasion d’un réception organisée samedi à la
mairie autour de sa famille et de ses amis et à l’occasion
de la sortie d’un ouvrage consacré à la vie de
Pierre Pradier (lire nos précédentes éditions)
Didier Borotra a rendu un vibrant hommage à ce grand biarrot.
médecin
humanitaire et homme politique, co-fondateur de Médecins
du Monde, député européen et élu
de Biarritz, décédé il y a un an. Le maire,
qui a annoncé qu’une place du quartier d’Espagne porterait
prochainement son nom, a rappelé les engagements de Pierre
Pradier dans les grandes causes humanitaires, mais également
dans les dossiers sociaux de Biarritz et du Pays Basque auxquels
il était très attaché.
« Je n’oublie pas non
plus son amour pour notre ville, il nous a beaucoup aidé au
sein du conseil municipal »poursuivait Didier Borotra. « Pierre
Pradier était
un homme d’ouverture aux problèmes, aux autres et au
monde. Rien ne lui était étranger Il était
au service de l’homme en général ».
Auteur
du livre publié aux éditions
Atlantica et intitulé « Pierre Pradier, un homme
sans frontières », l’universitaire Maurice Goldring
disait espérer que ceux qui connaissaient Pierre Pradier
retrouvent dans cet ouvrage les différentes étapes
de sa vie.
Et ceux qui ne le connaissaient pas y découvrent un document
précieux pour la compréhension du monde de la
seconde moitié du XXème siècle,
ses drames et ses barbaries.
« Je souhaite avant tout
ne pas avoir construit un autre monument funéraire
autour de lui » confiait Maurice Goldring. J’ai voulu
ce livre pour que Pierre Pradier continue à nous
parler ». 
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