Accueil Presses et Textes Galerie photos Famille Liens Livre d'or 05-Mai-2004 
   
 

 

temoignages>retour

Il avait choisi ce poème de Prévert, en première page, de la revue "Immigration"

 


Étranges étrangers Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays loins
cobayes des colonies
doux petits musiciens
soleils adolescents de la Porte d'Italie
boumians de la Porte de St Ouen
apatrides d'Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la Ville de Paris
ébouillanteurs de bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
tunisiens de Grenelle, embauchés, débauchés
manoeuvres désoeuvrés
polacks du Marais, du Temple, des Rosiers
cordonniers de Cordoue, soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d'une petite mer
où peu vous vous baignez
esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte de cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille, le quatorze juillet
enfants du Sénégal
dépatriés, expatriés et naturalisés
enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d'or faits de papier plié.
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd'hui, de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières.
On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos.
Étranges étrangers
Vous êtes de la Ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.

Jacques Prévert dit par Pauline Brucke

 

 

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Pierre avait dit qu'il préfèrerait être "facteur à Biarritz" que "professeur d'Université" au Brésil ou ailleurs.....!

il aimait cette chanson!

Jacques Debronckart
Adélaïde

Qu'ils soient d'ici où de n'importe quel parage
Moi j'aime bien les gens qui sont de quelque part
Et portent dans leur cœur une ville ou un village
Où ils pourraient trouver leur chemin dans le noir
Voilà pourquoi Jean de Bordeaux, François de Nantes
Voilà pourquoi Laurent le gars du Canigou
Pierre le Normand et toi Joël de la Charente
J'aime tant vous entendre parler de chez vous.

Quand le dernier verre se vide
Dans les bars d'Adélaïde
On a le cœur qui se vide aussi
Lorsque l'on pense au pays !

Chaque premier janvier on dit c'est la dernière
La dernière année que je passe en Australie
Et le premier janvier suivant nous voit refaire
Même serment qui sombre à son tour dans l'oubli
Ç a serait pourtant le moment de revoir nos plages
Car les pays se ressemblent de plus en plus
Et dans dix ans nous trouverons dans nos villages
Des distributeurs de hot-dog au coin des rues !

Le whisky parait acide
Dans les bars d'Adélaïde
Lorsque l'on garde au palais
Le souvenir du Beaujolais

Et dans vingt ans sans avoir revu nos falaises
Citoyens d'Australie conscients de leurs devoirs
A nos enfants nous apprendrons la langue française
Mais leur accent ne sera pas celui du terroir
Alors dis-moi de nos vingt ans François de Nantes
De nos vingt ans Laurent le gars du Canigou
Pierre le Normand et toi Joël de la Charente
Nos vingt ans d'aujourd'hui vous en souviendrez-vous ?

Quand le dernier verre se vide
Dans les bars d'Adélaïde
On a le cœur qui se vide aussi
Lorsque l'on pense au pays !