Accueil Presses et Textes Galerie photos Famille Liens Livre d'or 01-Déc-2003 
 

 

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Textes écrits en 1999

 

En Pays basque, comme partout ailleurs dans le monde, la bataille qui doit être menée, c’est une bataille pour plus de justice, plus de fraternité, pour une vie meilleure partagée par tous nos contemporains.
Est-ce que l’acquisition d’un particularisme territorial est le meilleur chemin pour atteindre un tel objectif? Rien ne me paraît moins sur. L’accouchement au forceps d’un département…. quelle victoire ! Arracher de haute lutte la constitution d’une entité administrative déjà obsolète me semble, à dire vrai, dérisoire et peut-être dangereux. L’argumentaire développé par les promoteurs de cette initiative est peu convaincant... c’est le moins qu’on puisse en dire.
Ainsi le Béarn et les « biarnès » empêcheraient le Pays Basque d’avancer à son rythme, il paraît que Pau écrase Bayonne, que ce Conseil Général des Pyrénées Atlantiques n’aura de cesse qu’il n’ait définitivement laminé la partie occidentale de son département.
Il s’agit, à mon sens d’une grave erreur d’appréciation. Ceux qui le croient se trompent, ce qui n’est finalement pas très grave, mais ceux qui essaient de le faire croire trompent leurs concitoyens et c’est déjà beaucoup plus sérieux.
Une participation active à une entreprise publique pendant une vingtaine d’années m’a montré que la réalité est très exactement à l’opposé de ces assertions
Le Centre Hospitalier de la Côte Basque, qui m’a fait l’honneur d’utiliser mes services de 1966 à 1986 a développé ses activités beaucoup plus vite et beaucoup plus intensément que son homologue palois pendant ces années. Le SAMU, le scanner, les explorations scintigraphiques, la résonance magnétique nucléaire, toutes ces machines techniques ont été mises en oeuvre en Pays Basque, bien avant qu’elles soient opérationnelles à Pau.
Une heureuse conjonction de talents et de volontés au sein de l’entreprise est à l’origine de ces progrès. Avec toute l’estime et le brin d’admiration que nous nourrissons tous pour Henri Grenet, force est de reconnaître que les avancées techniques de l’hôpital public, n’était pas, à l’époque, le tout premier objectif de la municipalité de Bayonne.
Aujourd’hui encore, la coopération étroite d’une équipe administrative inventive et opiniâtre et d’un corps de soignants dynamiques permet à cet hôpital de se doter d’un équipement architectural ambitieux qui est très envié par la partie orientale de notre département.
C’est dire qu’en la matière, ni l’administration préfectorale, ni le Conseil Général n’ont fait obstacle au développement durable du Pays Basque, ce serait même plutôt le contraire qui est arrivé. On peut à juste titre soutenir que nous sommes les premiers et les mieux servis.

Les départements constituent une structure ancienne, datée dans sa conception et contestable dans son découpage, soit !
Une bonne dizaine de départements ne se sentent pas à l’aise dans leurs limites ou dans leur région c’est vrai.
Issus de la Convention Nationale, ils avaient pour mérite de doter la France d’un outil administratif solide et de permettre une efficacité des services de l’Etat sur tout le territoire national, rôle qu’ils ont rempli avec efficacité pendant deux siècles....
Aujourd’hui, les départements sont dépassés, leur surface, leur population, leur budget sont trop petits pour envisager une action d’envergure en particulier pour ce qui est des investissements collectifs. Le fait de créer une nouvelle entité départementale plus petite que les actuelles Pyrénées Atlantiques va encore aggraver ce défaut rendant les disponibilités financières plus rabougries, étriquées, inaptes à un fonctionnement cohérent.
Que les régions et au mieux les euro-régions voient le jour, que Perpignan se rapproche de Barcelone, que Bayonne soit plus proche de Bilbao, de ses activités industrielles, culturelles, portuaires, bancaires, scientifiques et techniques, qu’une grande université, trilingue du Pays Basque voie le jour, c’est un souhait unanimement partagé.
Une refonte des institutions françaises est nécessaire.
Le découpage régional, lui même est à revoir, à commencer par une cohérence minimale, les régions administratives sont différentes des régions militaires, qui ne correspondent pas aux régions judiciaires lesquelles ne recouvrent pas les régions pénitentiaires, sans parler bien sûr des régions aériennes, des académies, tout se passant comme si on avait fait un millefeuilles de toutes Les spécialisations sans penser à une cohérence globale du système.
Que l’Europe dans cette affaire oriente les aménagements, tout le monde en est d’accord. La difficulté vient de ceux qui réclament de l’Europe à cor et à cris mais surtout pas avec leur premier voisin. La demande d’un nouveau département laisse passer le bout de l’oreille d’une certaine forme d’un nationalisme.
Le terme de « séparatisme » est très mal reçu par les patriotes basques qui se défendent de ces accusations portées contre eux.
Et pourtant, c’est bien d’une séparation qu’il est question quand on demande de n’avoir plus rien de commun avec le Béarn.
Notre ami J.Abeberry, maire adjoint de Biarritz, qui, la main sur le coeur, affirme qu’il n’est pas question de remettre en cause l’appartenance du département basque à la république française, s’abstient cependant d’apparaître à toutes les manifestations ou réceptions où est présent un représentant de 1’ Etat, qu’il s’agisse d’un ministre ou d’un Président de la République.
On peut raisonnablement s’interroger sur le sens qu’il faut attribuer à ce boycott, mais enfin puisqu’il est clair dans ses intentions et qu’il affirme son attachement aux institutions et à la Constitution, allons de l’avant avec lui.
Alors, d’accord, pour le moment pas question de séparatisme, pas question de sécession, mais j’ai du mal à croire que les abertzale choisiront de ce côté-ci de la Bidasoa un chemin radicalement différent de celui qu’empruntent leurs homologues “tras los montes”, lesquels, sans barguigner proclament à haute et intelligible voix qu’ils ne sont pas espagnols, qu’Euzkadi n’est pas en Espagne, que la couronne d’Espagne est un intrus en pays basque et que la possession d’un passeport espagnol est une insupportable brûlure
Alors, bon, il y aura donc deux pays basques, dont les attitudes seront complètement différentes suivant qu’on sera en lparalde ou en Hegoalde Les uns, basques purs et durs se refusent à avoir la moindre communauté politique avec leurs voisins espagnols et les autres feront ami-ami avec les français qui les entourent... personnellement j’ai du mal à envisager cette schizophrénie du monde basque unifié
Je me trompe peut-être.
On ne m’enlèvera pas de l’idée, non plus, que cette ardente réclamation de se couper du Béarn tombe à pic pour affirmer notre communauté d’intérêts avec nos voisins... curieux exemple de solidarité au moment même ou le crépuscule pétrolier du bassin de Lacq plonge celui-ci dans un désarroi particulièrement inquiétant ( 3000 emplois sont menacés).


La reconnaissance du «fait basque » quant on s’adresse à un interlocuteur politique doit elle comporter un traitement différent vis à vis des habitants de ce pays ? Y a-t il en quelque sorte une discrimination à établir entre les citoyens de la République?
La question mérite d’être posée car en pays basque il y a certes des basques-basques et une très large proportion de citoyens qui se sentent français sans se réclamer d’une autre appartenance et qui entendent bien vivre dans ce pays aussi “citoyens” que dans n’importe quel autre département français.
Il paraît que ça va sans dire. Ca va encore mieux en le disant.En entrant dans un studio de France -Culture, l’autre jour, un homme très bien intentionné m’a dit:
‘Ah vous êtes de Biarritz ? Vous êtes Basque, alors?
- Pas vraiment, je suis enfant de Biarritz, petit enfant de Biarritz, arrière petit-enfant de Biarritz, mais je ne suis pas vraiment basque
- - Ah bon ! dit mon interlocuteur déçu, vous êtes gascon, alors, parce qu’on m’a dit qu’il y a aussi des gascons par chez vous
- - Ecoutez, je n’en sais rien et pour tout vous dire ça ne m’intéresse pas outre mesure. Sans que j’ai à en rougir ni à m’en targuer, je suis français, ça, oui, je parle français comme le faisaient mes parents et mes grand-parents, comme le font mes enfants et mes petits-enfants, j’ai étudié en France ,j’ai servi dans l’armée française et j’ai détesté la guerre quelle m’ a fait faire pendant plus de deux ans, j’ai exercé mon métier en France, j’ai été député de la France au Parlement Européen, je lis surtout des auteurs français, Montaigne et Pascal sont mes maîtres à penser, je suis même chevalier de la Légion d’ Honneur, que dire? Je suis français jusqu’au bout des ongles, ce qui ne m’empêche pas d’aimer le cinéma italien, les moules-frites, les pull-over anglais, le chocolat suisse, la danse sévillane, les voitures allemandes et les ice creams américains
- -Mais alors , vos racines . . . votre identité...
- Vous me parlez de quoi, là?
- De Biarritz? de la Côte des Basques ? de Larrepunte ? de l’église Saint Martin, où tous mes proches ont été baptisés, mariés, enterrés ? du Sabaou? De la mer? du Jaizkibel plus beau sur le golfe de Biscaye que le Vésuve sur la baie de Naples? de l’attente du rayon vert ? Oui ,tout ça, c’est à moi, je partage ces lieux et ces moments avec des basques qui sont mes parents et mes amis , avec des non basques également parents et amis. Je suis chez moi là, et n’ai guère besoin d’appartenance supplémentaire.

La question de la langue est à coup sûr une ligne de partage des eaux et il est extrêmement important de donner aux bascophones toutes facilités d’utiliser leur langue pour s’exprimer - Cela dit, il est impensable d’exiger des francophones la connaissance et le maniement de l’euskara pour solliciter un emploi administratif, par exemple, ou un poste d’employé au contact du public

 

 

Malgré une extrême sympathie pour les aspirations, apparentes au moins,
dont l’appel des 100 se fait interprète, je ne peux pas signer ce texte . Et ce, pour plusieurs raisons.
La toute première, c’est que je n’arrive pas à croire que le fait d’être (ou de se sentir)
basque, ou homosexuel, voire français, catholique, médecin, radical, juif, européen,
blond, ou garçon coiffeur, que l’un de ces faits là, pourrait me donner un droit
particulier à faire valoir auprès des personnes ou des institutions qui m’entourent.
En aucune façon !
Ma seule noblesse c’est d’être homme, au sens de « Ecce Homo », c’est de n’être
ni basque, ni bantou, ni communiste, ni protestant, ni professeur de Lettres, c’est
d’être un humain parmi d’autres, bâtard de nature, enfant naturel, de dix siècles
d’invasions, celtes, romaines, wisigothes, arabes, anglaises…. va savoir !! .
Je suis né , par hasard, à Biarritz de parents et grand-parents nés à Biarritz, lesquels
, par le concours des croisements plus ou moins fortuits de nos familles, avaient des
ascendants déjà biarrots il y a quelques siècles, « cultivateurs » comme on le
disait à l’époque on y retrouve des Gentine, des Manxulas, des Gastambide aussi,
des grands parents qui étaient basques, d’autres qui ne l’étaient pas... dois-je en faire
valoir quelque droit ? Je ne le crois pas.
Le département basque, l’appartenance basque ne me concernent pas.
Les miens vivent aux côtés, parfois au sein de ce peuple hospitalier depuis
quelques générations, je n’en parle pas la langue (et je supporterais mal qu’on m’oblige
à la parler), j’ai apporté à ceux qui m’entourent et qui vivent avec moi dans ce pays, (basques ou pas ) un peu de mon énergie, de mes qualifications professionnelles, de ma (bonne) humeur, de mon travail, j’y suis né, j’y ai grandi, je m’y suis marié, j’y ai fait des enfants des petits enfants ont suivi. Je besoin d’identité n’est pas mon fait.
Je suis même, pour parler clair, un ennemi juré de ce qui, de près ou de loin, pourrait ressembler à la conception « ethnique » de Sabino Arana, (j’ai eu la curiosité de lire quelques unes de ses pages « exemplaires », mal m’en a pris. ), dont le PNV se présente volontiers comme le légataire universel. L’exploitation idéologique et politique du fait basque me semble presque aussi insupportable que celle du fait serbe.. ou aryen..ne m’oblige pas à en dire davantage.
Alors, que notre pays, que les gens qui y vivent, développent un maximum d’efforts pour que tous progressent, avancent ensemble au plan matériel, culturel (je sais les efforts superbes que tu y déploies), spirituel, politique, individuellement et collectivement, oui, bien sûr, et tu me trouveras toujours au milieu de cette cohorte Faut-il que cela passe obligatoirement par une appartenance basque. sous les couleurs de l’lkurina, je suis là dessus, beaucoup plus réservé, tant je crains ceux qui, au nom d’une appartenance nationale, (allons, disons le mot, nationaliste) cherchent à imposer leur loi propre. La Nation a probablement permis en son temps de regrouper des forces et des volontés communes, avec les avantages et les inconvénients du système cohésion interne et opposition à ce qui est extérieur. Nous reparlerons de tout cela, bien sur.
Pour en revenir au département basque, je pense au surplus, que c’est une mauvaise affaire pour tout le monde. Le département est une structure obsoléte, née de la Convention Nationale, lourde machine, instrumentalisée par le pouvoir central pour faire plier toutes les énergies sous la tutelle de l’Etat-Nation. Ces départements, trop petits, incapables de mobiliser des budgets suffisants pour lancer des opérations d’envergure, vivant encore sous la férule plus ou moins éclairée de préfets de la République doivent disparaître, vite. . Serait-il opportun de leur donner une reconduction , une nouvelle justification , en en créant un supplémentaire, encore plus petit, encore plus rabougri , plus démuni de moyens, sous prétexte qu’on se trouverait enfin entre nous, libérés de la tyrannie du Béarn?
Ce serait absurde, sauf si le but clairement affiché est de se dissocier de nos premiers voisins , Béarn et pays du bassin de l’Adour, pour se choisir d’autres
partenaires, mais dés lors le combat change d’âme, ne parlons pas de commodité, allégement des procédures, rapprochement de l’administration des citoyens, parlons clair. Le but de l’opération est de jouer entre basques, en abandonnant les projets de rapprochement, de regroupement des énergies au Nord et à l’Est du département en se séparant non seulement d’Orthez mais aussi de Dax ou de Peyrehorade. Dés lors le dessein se précise, et la discussion redevient franchement politique.
Le but affiché, c’est de constituer, pour la première fois dans l’histoire, cette entité basque unie, mythique fraternité, englobant un Iparralde qui a voté à plus de 80% la Constitution de la V0 République (c’est le record de France du OUI en septembre 1958), d’un territoire au sein duquel la sensation et le désir d’appartenance à la République Française est partagé par une écrasante majorité des citoyens, et un Hegoalde. déjà constitué en Communauté Autonome, doté d’institutions démocratiques, mais déjà en délicatesse avec bonne part de la Navarre, pourtant revendiquée comme partie intégrante du territoire « national ».
Dès lors, je pense que c’est bien de cela que nous devons parler. Je suis un fanatique partisan du transfrontalier, de l’effacement progressif des frontières entre états de l’Union, de la mise en oeuvre d’institutions, d’opérations, de réalisations qui rapprocheront les habitants de cette vraie région naturelle qu’est la Côte Basque, par exemple.
Faut-il parer ces démarches de bon sens d’oripeaux nationalistes ? Je ne le crois pas, C’est un risque majeur de perversion du sentiment d’appartenance, c’est un risque de dérapage vers l’intolérance, c’est multiplier les occasions de céder à la violence pour convaincre les récalcitrants « Le nationalisme, c’est la guerre » disait F. Mitterand, (il n’a pas dit que des vérités, d’accord mais là, il avait raison)