| |
temoignages>retour
Textes écrits en 1999
En Pays basque, comme partout ailleurs dans le
monde, la bataille qui doit être menée, c’est une bataille pour plus
de justice, plus de fraternité, pour une vie meilleure partagée
par tous nos contemporains.
Est-ce que l’acquisition d’un particularisme territorial est le
meilleur chemin pour atteindre un tel objectif? Rien ne me paraît moins
sur. L’accouchement au forceps d’un département…. quelle victoire
! Arracher de haute lutte la constitution d’une entité administrative
déjà obsolète me semble, à dire vrai,
dérisoire et peut-être dangereux. L’argumentaire développé par
les promoteurs de cette initiative est peu convaincant... c’est le
moins qu’on puisse en dire.
Ainsi le Béarn et les « biarnès » empêcheraient
le Pays Basque d’avancer à son rythme, il paraît que
Pau écrase Bayonne, que ce Conseil Général des
Pyrénées Atlantiques n’aura de cesse qu’il n’ait définitivement
laminé la partie occidentale de son département.
Il s’agit, à mon sens d’une grave erreur d’appréciation.
Ceux qui le croient se trompent, ce qui n’est finalement pas très
grave, mais ceux qui essaient de le faire croire trompent leurs concitoyens
et c’est déjà beaucoup plus sérieux.
Une participation active à une entreprise publique pendant
une vingtaine d’années m’a montré que la réalité est
très exactement à l’opposé de ces assertions
Le Centre Hospitalier de la Côte Basque, qui m’a fait l’honneur
d’utiliser mes services de 1966 à 1986 a développé ses
activités beaucoup plus vite et beaucoup plus intensément
que son homologue palois pendant ces années. Le SAMU, le scanner,
les explorations scintigraphiques, la résonance magnétique
nucléaire, toutes ces machines techniques ont été mises
en oeuvre en Pays Basque, bien avant qu’elles soient opérationnelles à Pau.
Une heureuse conjonction de talents et de volontés au sein
de l’entreprise est à l’origine de ces progrès. Avec
toute l’estime et le brin d’admiration que nous nourrissons tous
pour Henri Grenet, force est de reconnaître que les avancées
techniques de l’hôpital public, n’était pas, à l’époque,
le tout premier objectif de la municipalité de Bayonne.
Aujourd’hui encore, la coopération étroite d’une équipe
administrative inventive et opiniâtre et d’un corps de soignants dynamiques
permet à cet hôpital de se doter d’un équipement architectural
ambitieux qui est très envié par la partie orientale de notre département.
C’est dire qu’en la matière, ni l’administration préfectorale,
ni le Conseil Général n’ont fait obstacle au développement
durable du Pays Basque, ce serait même plutôt le contraire qui est
arrivé. On peut à juste titre soutenir que nous sommes les premiers
et les mieux servis.
Les départements constituent une structure ancienne, datée
dans sa conception et contestable dans son découpage, soit
!
Une bonne dizaine de départements ne se sentent pas à l’aise
dans leurs limites ou dans leur région c’est vrai.
Issus de la Convention Nationale, ils avaient pour mérite
de doter la France d’un outil administratif solide et de permettre
une efficacité des services de l’Etat sur tout le territoire
national, rôle qu’ils ont rempli avec efficacité pendant
deux siècles....
Aujourd’hui, les départements sont dépassés,
leur surface, leur population, leur budget sont trop petits pour
envisager une action d’envergure en particulier pour ce qui est
des investissements collectifs. Le fait de créer une nouvelle
entité départementale plus petite que les actuelles
Pyrénées Atlantiques va encore aggraver ce défaut
rendant les disponibilités financières plus rabougries, étriquées,
inaptes à un fonctionnement cohérent.
Que les régions et au mieux les euro-régions voient
le jour, que Perpignan se rapproche de Barcelone, que Bayonne soit
plus proche de Bilbao, de ses activités industrielles, culturelles,
portuaires, bancaires, scientifiques et techniques, qu’une grande
université, trilingue du Pays Basque voie le jour, c’est
un souhait unanimement partagé.
Une refonte des institutions françaises est nécessaire.
Le découpage régional, lui même est à revoir, à commencer
par une cohérence minimale, les régions administratives
sont différentes des régions militaires, qui ne correspondent
pas aux régions judiciaires lesquelles ne recouvrent pas
les régions pénitentiaires, sans parler bien sûr
des régions aériennes, des académies, tout
se passant comme si on avait fait un millefeuilles de toutes Les
spécialisations sans penser à une cohérence
globale du système.
Que l’Europe dans cette affaire oriente les aménagements,
tout le monde en est d’accord. La difficulté vient de ceux
qui réclament de l’Europe à cor et à cris
mais surtout pas avec leur premier voisin. La demande d’un nouveau
département laisse passer le bout de l’oreille d’une certaine
forme d’un nationalisme.
Le terme de « séparatisme » est très
mal reçu par les patriotes basques qui se défendent
de ces accusations portées contre eux.
Et pourtant, c’est bien d’une séparation qu’il est question
quand on demande de n’avoir plus rien de commun avec le Béarn.
Notre ami J.Abeberry, maire adjoint de Biarritz, qui, la main sur
le coeur, affirme qu’il n’est pas question de remettre en cause
l’appartenance du département basque à la république
française, s’abstient cependant d’apparaître à toutes
les manifestations ou réceptions où est présent
un représentant de 1’ Etat, qu’il s’agisse d’un ministre
ou d’un Président de la République.
On peut raisonnablement s’interroger sur le sens qu’il faut attribuer à ce
boycott, mais enfin puisqu’il est clair dans ses intentions et
qu’il affirme son attachement aux institutions et à la Constitution,
allons de l’avant avec lui.
Alors, d’accord, pour le moment pas question de séparatisme,
pas question de sécession, mais j’ai du mal à croire
que les abertzale choisiront de ce côté-ci de la Bidasoa
un chemin radicalement différent de celui qu’empruntent
leurs homologues “tras los montes”, lesquels, sans barguigner proclament à haute
et intelligible voix qu’ils ne sont pas espagnols, qu’Euzkadi n’est
pas en Espagne, que la couronne d’Espagne est un intrus en pays
basque et que la possession d’un passeport espagnol est une insupportable
brûlure
Alors, bon, il y aura donc deux pays basques, dont les attitudes
seront complètement différentes suivant qu’on sera
en lparalde ou en Hegoalde Les uns, basques purs et durs se refusent à avoir
la moindre communauté politique avec leurs voisins espagnols
et les autres feront ami-ami avec les français qui les entourent...
personnellement j’ai du mal à envisager cette schizophrénie
du monde basque unifié
Je me trompe peut-être.
On ne m’enlèvera pas de l’idée, non plus, que cette
ardente réclamation de se couper du Béarn tombe à pic
pour affirmer notre communauté d’intérêts avec
nos voisins... curieux exemple de solidarité au moment même
ou le crépuscule pétrolier du bassin de Lacq plonge
celui-ci dans un désarroi particulièrement inquiétant
( 3000 emplois sont menacés).
La reconnaissance du «fait basque » quant on s’adresse à un
interlocuteur politique doit elle comporter un traitement différent
vis à vis des habitants de ce pays ? Y a-t il en quelque
sorte une discrimination à établir entre les citoyens
de la République?
La question mérite d’être posée car en pays
basque il y a certes des basques-basques et une très large
proportion de citoyens qui se sentent français sans se réclamer
d’une autre appartenance et qui entendent bien vivre dans ce pays
aussi “citoyens” que dans n’importe quel autre département
français.
Il paraît que ça va sans dire. Ca va encore mieux
en le disant.En entrant dans un studio de France -Culture, l’autre
jour, un homme très bien intentionné m’a dit:
‘Ah vous êtes de Biarritz ? Vous êtes Basque, alors?
- Pas vraiment, je suis enfant de Biarritz, petit enfant de Biarritz,
arrière petit-enfant de Biarritz, mais je ne suis pas vraiment
basque
- - Ah bon ! dit mon interlocuteur déçu, vous êtes
gascon, alors, parce qu’on m’a dit qu’il y a aussi des gascons
par chez vous
- - Ecoutez, je n’en sais rien et pour tout vous dire ça
ne m’intéresse pas outre mesure. Sans que j’ai à en
rougir ni à m’en targuer, je suis français, ça,
oui, je parle français comme le faisaient mes parents et
mes grand-parents, comme le font mes enfants et mes petits-enfants,
j’ai étudié en France ,j’ai servi dans l’armée
française et j’ai détesté la guerre quelle
m’ a fait faire pendant plus de deux ans, j’ai exercé mon
métier en France, j’ai été député de
la France au Parlement Européen, je lis surtout des auteurs
français, Montaigne et Pascal sont mes maîtres à penser,
je suis même chevalier de la Légion d’ Honneur, que
dire? Je suis français jusqu’au bout des ongles, ce qui
ne m’empêche pas d’aimer le cinéma italien, les moules-frites,
les pull-over anglais, le chocolat suisse, la danse sévillane,
les voitures allemandes et les ice creams américains
- -Mais alors , vos racines . . . votre identité...
- Vous me parlez de quoi, là?
- De Biarritz? de la Côte des Basques ? de Larrepunte ? de
l’église Saint Martin, où tous mes proches ont été baptisés,
mariés, enterrés ? du Sabaou? De la mer? du Jaizkibel
plus beau sur le golfe de Biscaye que le Vésuve sur la baie
de Naples? de l’attente du rayon vert ? Oui ,tout ça, c’est à moi,
je partage ces lieux et ces moments avec des basques qui sont mes
parents et mes amis , avec des non basques également parents
et amis. Je suis chez moi là, et n’ai guère besoin
d’appartenance supplémentaire.
La question de la langue est à coup sûr une ligne
de partage des eaux et il est extrêmement important de donner
aux bascophones toutes facilités d’utiliser leur langue
pour s’exprimer - Cela dit, il est impensable d’exiger des francophones
la connaissance et le maniement de l’euskara pour solliciter un
emploi administratif, par exemple, ou un poste d’employé au
contact du public
|
Malgré une extrême sympathie pour
les aspirations, apparentes au moins,
dont l’appel des 100 se fait interprète, je ne peux pas
signer ce texte . Et ce, pour plusieurs raisons.
La toute première, c’est que je n’arrive pas à croire
que le fait d’être (ou de se sentir)
basque, ou homosexuel, voire français, catholique, médecin, radical,
juif, européen,
blond, ou garçon coiffeur, que l’un de ces faits là, pourrait me
donner un droit
particulier à faire valoir auprès des personnes ou des institutions
qui m’entourent.
En aucune façon !
Ma seule noblesse c’est d’être homme, au sens de « Ecce Homo »,
c’est de n’être
ni basque, ni bantou, ni communiste, ni protestant, ni professeur de Lettres,
c’est
d’être un humain parmi d’autres, bâtard de nature, enfant naturel,
de dix siècles
d’invasions, celtes, romaines, wisigothes, arabes, anglaises…. va savoir !! .
Je suis né , par hasard, à Biarritz de parents et grand-parents
nés à Biarritz, lesquels
, par le concours des croisements plus ou moins fortuits de nos familles, avaient
des
ascendants déjà biarrots il y a quelques siècles, « cultivateurs » comme
on le
disait à l’époque on y retrouve des Gentine, des Manxulas, des
Gastambide aussi,
des grands parents qui étaient basques, d’autres qui ne l’étaient
pas... dois-je en faire
valoir quelque droit ? Je ne le crois pas.
Le département basque, l’appartenance basque ne me concernent pas.
Les miens vivent aux côtés, parfois au sein de ce peuple hospitalier
depuis
quelques générations, je n’en parle pas la langue (et je supporterais
mal qu’on m’oblige à la parler),
j’ai apporté à ceux qui m’entourent et qui vivent avec
moi dans ce pays, (basques ou pas ) un peu de mon énergie, de mes
qualifications professionnelles, de ma (bonne) humeur, de mon travail, j’y
suis né, j’y
ai grandi, je m’y suis marié, j’y ai fait des enfants des petits enfants
ont suivi. Je besoin d’identité n’est pas mon fait.
Je suis même, pour parler clair, un ennemi juré de ce qui, de près
ou de loin, pourrait ressembler à la conception « ethnique » de
Sabino Arana, (j’ai eu la curiosité de lire quelques unes de ses pages « exemplaires »,
mal m’en a pris. ), dont le PNV se présente volontiers comme le légataire
universel. L’exploitation idéologique et politique du fait basque me semble
presque aussi insupportable que celle du fait serbe.. ou aryen..ne m’oblige pas à en
dire davantage.
Alors, que notre pays, que les gens qui y vivent, développent un maximum
d’efforts pour que tous progressent, avancent ensemble au plan matériel,
culturel (je sais les efforts superbes que tu y déploies), spirituel,
politique, individuellement et collectivement, oui, bien sûr, et tu me
trouveras toujours au milieu de cette cohorte Faut-il que cela passe obligatoirement
par une appartenance basque. sous les couleurs de l’lkurina, je suis là dessus,
beaucoup plus réservé, tant je crains ceux qui, au nom d’une appartenance
nationale, (allons, disons le mot, nationaliste) cherchent à imposer leur
loi propre. La Nation a probablement permis en son temps de regrouper des forces
et des volontés communes, avec les avantages et les inconvénients
du système cohésion interne et opposition à ce qui est extérieur.
Nous reparlerons de tout cela, bien sur.
Pour en revenir au département basque, je pense au surplus, que c’est
une mauvaise affaire pour tout le monde. Le département est une structure
obsoléte, née de la Convention Nationale, lourde machine, instrumentalisée
par le pouvoir central pour faire plier toutes les énergies sous la tutelle
de l’Etat-Nation. Ces départements, trop petits, incapables de mobiliser
des budgets suffisants pour lancer des opérations d’envergure, vivant
encore sous la férule plus ou moins éclairée de préfets
de la République doivent disparaître, vite. . Serait-il opportun
de leur donner une reconduction , une nouvelle justification , en en créant
un supplémentaire, encore plus petit, encore plus rabougri , plus démuni
de moyens, sous prétexte qu’on se trouverait enfin entre nous, libérés
de la tyrannie du Béarn?
Ce serait absurde, sauf si le but clairement affiché est de se dissocier
de nos premiers voisins , Béarn et pays du bassin de l’Adour, pour
se choisir d’autres
partenaires, mais dés lors le combat change d’âme, ne parlons pas
de commodité, allégement des procédures, rapprochement de
l’administration des citoyens, parlons clair. Le but de l’opération est
de jouer entre basques, en abandonnant les projets de rapprochement, de regroupement
des énergies au Nord et à l’Est du département en se séparant
non seulement d’Orthez mais aussi de Dax ou de Peyrehorade. Dés lors le
dessein se précise, et la discussion redevient franchement politique.
Le but affiché, c’est de constituer, pour la première fois dans
l’histoire, cette entité basque unie, mythique fraternité, englobant
un Iparralde qui a voté à plus de 80% la Constitution de la V0
République (c’est le record de France du OUI en septembre 1958), d’un
territoire au sein duquel la sensation et le désir d’appartenance à la
République Française est partagé par une écrasante
majorité des citoyens, et un Hegoalde. déjà constitué en
Communauté Autonome, doté d’institutions démocratiques,
mais déjà en délicatesse avec bonne part de la Navarre,
pourtant revendiquée comme partie intégrante du territoire « national ».
Dès lors, je pense que c’est bien de cela que nous devons parler. Je suis
un fanatique partisan du transfrontalier, de l’effacement progressif des frontières
entre états de l’Union, de la mise en oeuvre d’institutions, d’opérations,
de réalisations qui rapprocheront les habitants de cette vraie région
naturelle qu’est la Côte Basque, par exemple.
Faut-il parer ces démarches de bon sens d’oripeaux nationalistes ? Je
ne le crois pas, C’est un risque majeur de perversion du sentiment d’appartenance,
c’est un risque de dérapage vers l’intolérance, c’est multiplier
les occasions de céder à la violence pour convaincre les récalcitrants « Le
nationalisme, c’est la guerre » disait F. Mitterand, (il n’a pas dit que
des vérités, d’accord mais là, il avait raison)
|

|