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Article du 02 /12 :1985

Le docteur Jean-Claude Strée
La tragique disparition du docteur Jean-Claude Strée, médecin anesthésiste réanimateur à La clinique des Ormeaux, tôt révélée samedi matin, a provoqué, dans tous les milieux où il avait eu à s’exprimer à des titres divers, une indicible émotion.
La consternation l’affliction, la sympathie amicale sont les sentiments dominants de tous ceux qui eurent l’insigne privilège de le connaître durant les vingt et une années qu’il aura passées au Havre où son rayonnement personnel ou professionnel s’exerça partout et en toutes circonstances si profondément. Né le 27 août 1932, le docteur Jean-Claude Strée a interrompu sa vie familiale, sa brillante carrière, son inlassable action d’humaniste militant, en se donnant volontairement la mort - circonstance qui ajoute encore à l’accablement des siens, de ses amis, de ses relations, des malades qu’il soigna avec un dévouement jamais pris en défaut. Et de tous ces anonymes torturés par quelque tourmente de l’histoire à l’autre bout du monde vers lesquels il se porta, désintéressé, jusqu’au sacrifice.
Le docteur Strée se savait atteint depuis plusieurs mois d’un mal incurable, irréversible, dont il avait évidemment analysé les conséquences possibles sur l’accomplissement de son métier auquel il avait véritablement donné les dimensions d’un apostolat. Il ne pouvait envisager l’éventualité d’un échec qui ne le mettrait pas seul en cause.
C’est au concept d’un autre don de soi qu’il a obéi ce samedi matin, sur les lieux mêmes de ses missions médicales quotidiennes où ses pairs, ses collaborateurs, les employés de la clinique le chérissaient, authentiquement.
Né à Neuilly, fils d’un père chirurgien, membre d’une famille qui constituait une véritable pépinière de médecins, le docteur Strée avait fait ses études à Paris. Depuis qu’il était arrivé au Havre en 1964, il faisait équipe avec le docteur Jean Vergez. Une amitié à toute épreuve, une grande harmonie de pensée liait les deux hommes, les deux médecins. M. Vergez
comme tous les malades que le duo eut à opérer —. témoigne de la forte compétence du docteur Strée, de son aptitude hors du commun à écouter les souffrances, les préoccupations, les interrogations de l’autre. Tous peuvent et
sont unanimes à dire sa générosité foncière, sa bonté, son sens inné de l’amitié et l’humilité sincère dont chacune de ses actions était empreinte. Son ancien condisciple, le docteur Pierre Pradier, président d’honneur de
Médecins du Monde », en poste à Biarritz et accouru au Havre dès que l’affreuse nouvelle fut connue, rappelait hier les expéditions du docteur Strée en Mauritanie, en Erythrée, au Liban, en mer de Chine où ce sont des hommes de sa trempe qui nous conduisent à penser qu’il ne faut pas désespérer de l’humanité.
Le docteur Strée payait, discrètement, de ses vacances, de ses deniers, cette assistance au prochain en détresse.
En juillet dernier encore, il participait activement et toujours dans l’ombre à
une opération en faveur de l’organisation « Handicap International » menée au Havre.
Sa vie personnelle est à cette image du partage spontané et chaleureux. Avec son épouse Jacqueline, qu’anime le même admirable élan ils avaient adopté trois enfants et accueilli à leur foyer pour de longues périodes de « sauvetage social » une dizaine d’autres au cours de Ces dernières années. Il n’aurait pas aimé qu’on dise de lui qu’il était un grand homme mais on ne peut, au fond de notre coeur, nous interdire de le penser.,.
A son épouse, à ses enfants, tous ses enfants, tous les siens, nous adressons nos très sincères et amicales condoléances.