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LE DÉBAT SUR LA CONDITION DES DÉTENUS
EN FRANCE
Le témoignage accablant d'un médecin pénitentiaire,
Véronique Vasseur, a ouvert une polémique
sur l'état des prisons françaises. Ex-président
de Médecins du monde,
le docteur Pierre Pradier,
auteur de deux rapports sur la condition carcérale (1), revient
ici sur cette onde de choc
Véronique Vasseur et le contexte.
- « Je connais bien
Véronique. C'est une nature. Il y a dans son bouquin un effet
de loupe. Encore renforcé dans les bonnes feuilles publiées
par "le Monde", où l'on se croirait dans un épisode
d'"Urgences". Les faits sont vrais, mais empilés.
Au point qu'on en oublie une chose importante : la situation est
plutôt en train de s'améliorer dans les prisons françaises.
L'administration pénitentiaire connaît le sort des dictatures
vieillissantes. En s'entrouvrant, elle s'expose à ce coup
de pied dans la fourmilière, auquel j'applaudis, car les choses
ne vont pas assez vite. »
Le scandale des malades mentaux. - « La disparition progressive
des services psychiatriques fermés conduit à faire
de la prison l'ultime lieu d'accueil de malades gravement atteints.
L'organisation psychiatrique en France est en cause. Parallèlement,
depuis la réforme de la procédure pénale et
sous l'effet d'un « humanisme » mal compris hérité de
68, on reconnaît responsables de leurs actes la plupart des
accusés. Même lorsqu'ils sont fous. Pour en protéger
la société, les jurés populaires les condamnent
lourdement. Bref, les prisons sont pleines de types qui n'y ont pas
leur place. Et qui devraient faire l'objet de soins. Ces détenus
sont particulièrement exposés aux automutilations et
au suicide, dont parle avec raison Véronique Vasseur. »
La responsabilité des magistrats. - « On oublie trop
souvent que l'administration pénitentiaire, dont les personnels
sont souvent lâches mais rarement des salauds, ne fait que
gérer les pensionnaires envoyés par les magistrats.
Or, certaines attitudes sont détestables. Pourquoi ce recours
généralisé à la détention provisoire
? Pourquoi les libertés conditionnelles ont-elles quasiment
disparu ces dix dernières années ? Certes, grâce
aux peines de substitution, la prison n'est plus le recours systématique.
Mais n'oublions pas que, pour des délits comparables - par
exemple le vol aggravé -, la durée des peines a doublé en
France en dix ans. L'an dernier, les magistrats ont envoyé 400
personnes en prison pour consommation de haschisch. »
La France dans le peloton eurospéen. - « Si les prisons
espagnoles surpassent nettement les nôtres, c'est indirectement
grâce au franquisme. Les successeurs gouvernementaux du dictateur
ayant pour la plupart connu la prison, ils se sont sérieusement
occupés de ce problème en Espagne. En France, le désintérêt
des élus - les parlementaires peuvent visiter les prisons
quand ils le veulent mais n'usent pratiquement jamais de ce droit
de regard -, des médias et de l'opinion publique est manifeste.
Tant mieux si l'initiative de Véronique Vasseur contribue
au débat public. C'est le seul moyen d'évoluer. »
(1) PierrePradier vient de remettre un rapport sur les prisons
privatisées à Elisabeth
Guigou.
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Dans les PRISONS FRANÇAISES
Les troubles psychiatriques des détenus sont fréquents
et mal pris en charge selon un rapport
remis au ministre de la justice
Ça va mieux du côté du sida où l'on observe une
nette régression du nombre de personnes entrant en prison
infectées par le virus. S'agissant de l'hépatite C,
très fréquente derrière les barreaux, la situation
reste préoccupante : la maladie est bien diagnostiquée
et correctement prise en charge, mais elle demeure une bombe à retardement.
En revanche, « c'est le désastre » en ce qui concerne
la santé mentale en milieu pénitentiaire.
Tel est le constat dressé par Pierre Pradier,
docteur en médecine,
ancien député eurospéen et conseiller municipal à Biarritz,
dans un rapport présenté ce matin à la Chancellerie,
qui porte sur « la Gestion de la santé dans les établissements
du programme 13 000 ».
Ce rapport, demandé conjointement par Me Elisabeth Guigou,
garde des sceaux, et Bernard Kouchner, alors secrétaire d'Etat à la
santé, analyse le système de santé de la population
carcérale, et évoque les principaux problèmes
rencontrés : toxicomanies, infections à virus, augmentation
de la délinquance à connotation sexuelle, surpopulation
dans les maisons d'arrêt, suicides...
TROUBLES MENTAUX
Non seulement le taux de suicide en milieu pénitentiaire est,
en France, l'un des plus élevés d'Europe avec celui
de la Belgique, mais de plus en plus de personnes entrant en prison
souffrent de troubles mentaux.
Il y a dans les établissements un nombre important de psychotiques
(sujets atteints de psychoses) qui posent d'énormes problèmes
aux surveillants mais aussi aux co-détenus. « Quand
il y a 12 psychotiques sur une population de 150 détenus,
la situation est détestable », indique Pierre Pradier.
L'augmentation du nombre des malades mentaux en prison tiendrait
en partie au fait que les experts psychiatriques glissent de plus
en plus de l'absence de responsabilité au moment de l'infraction
vers une responsabilité atténuée. Ainsi en 1985,
16 % des accusés de crimes de sang étaient jugés
comme n'étant pas en possession de leurs moyens au moment
des faits; un chiffre tombé à 0,17 % en 1998.
Selon le rapporteur, on ne peut pas faire l'économie d'une
réflexion à ce sujet, tant il est manifeste que les
prisons accueillent un nombre élevé de malades mentaux
relevant de structures mieux adaptées à leur état.
(1999) |

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