Accueil Presses et Textes Galerie photos Famille Liens Livre d'or 01-Déc-2003 
 

 

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«Au Parlement, on parle et on ment » cette boutade de Jacques Lacan, Pierre Pradier entend la contester bec et ongles. Le député Européen, qui est aussi conseiller municipal de la majorité biarrote veut en effet rendre au Parlement européen ses lettres de noblesse. Avec une motivation de fer, que l’ancien chef de service à l’hôpital de Bayonne tient des années passées à Médecins sans Frontières puis à Médecins du Monde : « Pendant vingt ans j’ai un peu joué « Tintin au Congo ». Pratiquement en vain, puisque les conflits ne s’arrêtaient pas pour autant. D’où ma volonté de me lancer dans I l’action politique pour faire cette fois-ci de la médecine préventive». En février 1994, Bernard Tapie le contacte pour faire partie d’une liste de « gens de gauche» aux élections européennes qui se tiendront en Juin de la même année. Avec le N° 9 qui lui offre une position d’éligible, Pierre Pradier devient « l’humanitaire de service » et s’envole sans tarder vers Strasbourg.

 

. HAGETMAU : (1994)

RENCONTRE AVEC
Le docteur Pierre Pradier, fondateur de Médecins du Monde, est
aujourd'hui parlementaire européen, un engagement qu'il juge
moins spectaculaire mais plus utile .
Pierre Pradier aime surprendre. Surtout lorsqu'il est convaincu
d'agir pour la bonne cause. Tout au long de sa vie de médecin, il n'a
cessé de rencontrer ces « bonnes causes ». L'une des premières
était « le mort de Cap-de-Pin. Celui que l'on retrouvait sans vie
sur le macadam la nationale 10 parce que les secours n'étaient pas
arrivés à temps ». A cause de lui, ou plutôt à cause d'eux, le docteur
Pradier, alors anesthésiste-réanimateur à Bayonne joue les pionners
du Samu, en particulier pour celui des Pyrénées-Atlantiques.
De l'urgence médicale à l'urgence humanitaire il n'y a qu'un pas
qu'il franchit sans hésiter à la naissance de Médecins sans Frontières.
Lorsqu'un Hagetmautien s'inquiète du schisme entre cette
association et Médecins du Monde, Pierre Pradier, amateur de bons
mots, reprend une formule de Rony Brauman, ex-président de MSF.
« A un journaliste qui l'interrogeait sur la division entre les
deux organisations, Rony a répondu, il n'y a pas division mais plutôt
multiplication ».
« Nous collaborons beaucoup, en évitant de se marcher sur les
pieds, en se répartissant les tâches ». Et de rappeler la prise
de position qu'il partageait, avec Bernard Kouchner, les poussant
à porter secours aux « boat-people » vietnamiens en perdition
en mer de Chine, malgré une attitude timorée de MSF.
Sans aimer choquer, Pierre Pradier argumente souvent « à rebrousse-poil ».
Par exemple sur le rôle des médias dans la lecture des conflits internationaux.
« Ils sont indispensables pour mobiliser le public à une cause.
Comme l'a dit Pierre Dac, je préfère ceux qui donnent beaucoup avec
ostentation à ceux qui ne donne rien avec discrétion »
.
Autre préoccupation des Chalossais, l'humanitaire hexagonal.
Là aussi Pierre Pradier explique que Médecins du Monde a donné en
étant la première organisation à proposer des consultations gratuites
à ceux qui étaient exclus du système de protection sociale.
Le docteur Pradier a brossé un portrait humoristique des médecins
humanitaires. « Il y a trois catégories. Le boyscout, très bien
habitué. Le militant, motivé et l'exotique, un peu rêveur. Cependant
le personnel médical est de moins en moins présent, laissant la
place aux logisticiens et aux administratifs. Lorsqu'ils partent
en urgence, pour de courtes durées, les médecins ne gagnent rien,
ils sont juste transportés, nourris, logés. Lors de longues missions,
ils gagnent le Smic. Ils font cela par humanisme pur. Cela dit, même
dans des missions difficiles, il y a des bons moments, parfois même
joyeux ou émouvants. Il faut bien y trouver son compte sinon on ne
le ferait pas ! »

 

Pierre Pradier : le « french doctor »


Avec le docteur Pierre Pradier, qui figurait en huitième position
sur la liste « Energie radicale », c'est un ardent défenseur de
l'action humanitaire qui va faire son entrée au Parlement eurospéen.
Issu d'une vieille famille de Biarritz, Pierre Pradier a été le
fondateur du SAMU de Bayonne qui a occupé vingt ans de sa vie. En
créant ce service contre l'avis d'une grande partie du corps médical
de l'époque, Pierre Pradier manifestait déjà ce goût pour l'aventure
et pour les causes risquées qui allait le pousser, bien des années
plus tard, à adhérer à Médecins sans frontières, puis à Médecins du
monde. Avec son ami, Bernard Kouchner, il a participé à l'odyssée
d'« Un bateau pour le Viet-Nâm » qui l'a transporté au coeur d'un des
drames contemporains, la diaspora des populations sans espoir de
retour.
Il y a quatre ans, alors qu'il travaillait à Paris à l'hôpital de
la Pitié, l'OMS, autrement dit l'Organisation smondiale de la santé,
filiale des Nations-Unies, l'a recruté pour lui confier la tâche
délicate d'évaluer les besoins sanitaires des Palestiniens vivant
dans les territoires occupés. Mais il n'a jamais perdu de vue la
famille des Médecins du monde dont il est devenu, l'an dernier, le
directeur général. Un poste qu'il a abandonné pour se présenter à
cette élection. C'est la deuxième fois que Pierre Pradier se lance
dans la politique active. En 1968, en effet, il avait été candidat
aux élections législatives sous l'étiquette du PSU. Depuis lors, ils
n'était affilié à aucun parti mais s'est toujours clairement situé à
gauche. Ses convictions chrétiennes expliquent aussi en grande
partie le sens de son engagement.

 

 

Sud Ouest


vendredi 3 mai 1996
« On n'aura rien compris ? »
Propos recueillis par PIERRE SEIN
PIERRE PRADIER
Devenu député eurospéen, Pierre Pradier poursuit dans son mandat,
sa croisade humanitaire
Numéro dix sur la liste « Énergie radicale » que menait Bernard
Tapie, Pierre Pradier, par ailleurs conseiller municipal de Biarritz,
est depuis juin 1994, député européen. Co-fondateur de Médecins
du Monde, dont il a été président puis directeur, il reste attaché
à sa vocation humanitaire et anime un inter-groupe de 120 députés
qui travaille sur « la prévention active des conflits ». Par ailleurs,
il vient d'intégrer avec le poste de vice-président la structure
nationale de Radical.
« SUD-OUEST » Comment vous sentez-vous dans la peau d'un politique ?
- PIERRE PRADIER C'est vrai que d'une certaine manière, j'en
suis devenu un avec ce mandat européen et maintenant ces fonctions
dans un parti, ce que je n'avais vraiment pas envisagé jusqu'à présent.
Mais ce qui m'importe c'est de pouvoir continuer de travailler
dans l'humanitaire. À cet égard, je me suis retrouvé très à l'aise
dans l'intergroupe que nous avons formé à Strasbourg sur la prévention
active des conflits. La prévention est un élément fort qui dicte
les actions et réflexions de ce groupe parce que franchement, il
y en a marre, d'arriver sur place, alors que cinq cents corps sont
déjà sur le sol...
« S.-O. » Vous étiez récemment au Burundi, pour une expérience
originale ?
- P. P Dans ce pays en proie à des massacres éthniques à grande
échelle, une initiative de réconciliation a été prise et depuis
quelques semaines, une station de radio « radio Espérance » émet
sur tout le pays, diffusant des messages de mutuelle acceptation
et de coopération nationale. L'Union Européenne est très directement
impliquée dans le financement de cette entreprise dont Bernard
Kouchner et moi-même assurons la direction.
et voilà qu'à mon retour de Bujurumba, plutôt encouragé par
le succés de cette opération, j'apprends qu'à Bayonne une voiture
piégée a explosé en pleine ville.
On n'aura donc jamais rien compris ? :
« Les Iparetarrak et ETA sont de la même farine »


« S.-O. » Que faut-il comprendre ?
- P. P On pouvait croire l'ère des attentats nationalistes définitivement
close. On pouvait espérer que l'effoyable démence collective,
qui s'est déchaînée en ex-Yougoslavie, aurait au moins provoqué
une salutaire accalmie des autres nationalismes meurtriers.
Il n'en est rien, il y a encore des Hamas pour tuer au nom de l'Islam
arabe, des intégristes algériens pour massacrer des Petites Soeurs
de la Charité, des etarras pour éxécuter des agents de l'Etzaina,
enlever des entrepreneurs, des Iparretarrak pour défigurer une
petite fille parce qu'elle avait la malchance d'avoir un papa fonctionnaire.
Essayons de voir clair, les nationalistes serbes, les zoulous
de l'Inkata, les pasdarans iraniens, les milices tutsis, les taliban
d'Afghanistan, nous montrent de façon claire le sort des peuples
qui abandonnent la démocratie entre les mains de grands débiles
mentaux, haineux et sûrs de soi, aveuglés par leurs passions et
sans états d'âme sur la vie de leurs contemporains. Ici, en Pays
Basque nord, on en reste encore à la version « soft », cependant
ne nous y trompons pas, les Iparretarrak sont exactement de la même
farine que leurs grands frères d'ETA et ils le revendiquent même
comme une dignité. Ils n'ont pas tort, on retrouve chez eux, la même
carence de pensée politique et le même déficit d'humanisme.
De façon évidente, le socialisme-national d'ETA n'est rien
d'autre qu'une nouvelle version du national-socialisme tout
court qui jusqu'à présent a été plus souvent générateur de racisme
et de solutions « purificatrices » que de fraternité.
Qu'il soit, en tous les cas, dit une fois pour toutes que force
doit rester à la loi.
« S.-O. » La formule a perdu de son crédit...
- P. P Pourtant, ni les militants exaltés, ni les petites frappes
crapuleuses, ni les responsables politiques quelle que soit leur
étiquette ou leur niveau dans la hiérarchie des partis ne doivent
échapper à sa rigueur. Mais, dira-t-on, cette loi est mauvaise,
elle est oppressive, elle est injuste, elle nous écrase, nous humilie,
nous réduit en esclavage, elle nous méprise... Eh bien changeons
là. parlons en, travaillons dans les maisons, les familles, les
écoles, les entreprises, les paroisses, les mairies, les syndicats,
les partis politiques, les associations, il ne manque pas de lieux
où échanger des points de vue et faire progresser la conscience
collective. Grâce à Dieu, depuis deux siècles, dans ce pays, Pays
Basque compris, le sort des hommes ne se joue plus à coups de lettres
de cachet, d'édits, d'ukase ou de diktats, pas plus qu'à coups de
rafales d'armes automatiques ou d'explosifs. Le sort des habitants
est lié à des institutions locales, régionales et nationales
Oui, ici, on peut être basque et participer avec intelligence
et efficacité à la vie de la collectivité...
« S.-O. » Dans le cadre de Radical, vous voulez proposer une
réflexion à Biarritz sur ce thème, comment ?
- P. P Effectivement, je souhaite que les journées d'études
radicales qui se tiendront à Biarritz, les 10, 11, 12 septembre
prochains soit l'occasion d'une réflexion ouverte à tous et notamment
aux Basques des deux côtés de la frontière, sur le terrorisme. Il
y a des points de vue différents qui doivent s'exprimer et se confronter.
J'aimerais aussi que l'une des journées soit consacrée à la
toxicomanie, ce sont là deux sujets sur lesquels je pense que les
Radicaux ont une attitude intéressante, et un langage un peu neuf,
un peu inventif, un peu « réveillant »...

 

(c'est après cet interview, où l'on retrouve beaucoup d'expression du "langage parlé" de Pierre.....que Gabriel Mouesca a réagi ,en écrivant à Pierre, et qu' ainsi, malgré leurs désaccords parfois... , une longue amitié fondée sur une estime réciproque est née!)

 

« Sortir de la spirale »


(Propos recueillis par CATHERINE DEBRAY )


REVENDICATION IDENTITAIRE ET VIOLENCE POLITIQUE
Rocard, Kouchner, Hume mais aussi des universitaires comme Wieviorka, Galtung ou Goldring : les radicaux eurospéens réunissent, vendredi, à San Sébastien et, samedi, à Biarritz des têtes pensantes sur la revendication identitaire et la violence politique
« Dans une démocratie, on doit pouvoir sortir de chez soi sans prendre une balle dans la tête » rappelle avec acuité Pierre Pradier médecin de son état. Le conseiller municipal de Didier Borotra et député eurospéen radical coordonne le programme des deux journées consacrées à la violence identitaire qui se dérouleront à San Sébastien vendredi sous la présidence du sénateur-maire de Biarritz et à Biarritz samedi sous celle du maire de San Sébastien.
SUD-OUEST. - L'idée de ces rencontres est née comment ?
Pierre Pradier. - Il existe déjà depuis 1994 un forum eurospéen des préventions des conflits qui réunit une centaine de députés dont Kouchner, Cohn-Bendit, Mendi Luce. Ce forum a travaillé sur la Bosnie, le Burundi ou l'Algérie. Jusqu'à ce qu'on ait le courage de balayer devant notre porte en reconnaissant que des situations de violences existent à l'intérieur de l'union eurospéenne. En Corse, au Pays Basque espagnol, en Irlande, on tue allègrement. Cela fait un bout de temps que cela dure et prend des allures de cercle infernal. Pourquoi ? C'est la grande question à oser poser.
S-O. - Vous attendez des personnalités politiques comme Michel Rocard ou John Hume le père de la paix en Irlande, mais aussi et surtout une vingtaine d'universitaires irlandais, basques et français de tout premier plan comme Michel Wieviorka. Que peut-on espérer de cette confrontation politiques et universitaires ?
P.P. - De la sérénité et sans doute aussi plus de sévérité que le seul discours politique ne se l'autoriserait. Les universitaires mettent des mots sur tout. Employer au moins les mêmes mots pour parler des mêmes choses, c'est déjà créer les conditions d'un autre dialogue. On essaiera de disséquer les causes et les modalités de fonctionnement de cette violence ? Comment elle est reçue, voire soutenue par la population ? Quelles sont les constantes qu'on retrouve d'un conflit à l'autre ? Quelles propositions de solutions sont mises à l'épreuve de la réalité de ces conflits ?
S-O. - Peut-on sortir du cercle de la violence, transformer une culture du conflit, construire une paix qui ne peut être décrêtée ?
P.P. - Sans doute pas par le compromis politique si on considère que la revendication identitaire ne s'accommode justement d'aucun compromis. L'exemple basque est de ce point de vue étonnant : malgré un parlement, un gouvernement, une police, des finances autonomes qui ne donnent à l'État espagnol que 8 % de ses revenus, les nationalistes basques poursuivent leur combat violent. il semble qu'aucun compromis politique ne puisse jamais les satisfaire. Que ces nationalistes sont enfermés dans des spirales de violence qui finissent par construire une culture.
S-O. - Alors ?
P.P. - La médiation qui avait été mise en place par Michel Rocard en Calédonie pourrait faire école. Nous allons projeter jeudi soir à Biarritz en ouverture du colloque, un film consacré à l'histoire de cette médiation (lire par ailleurs).
Autre piste de réflexion, des actions très symboliques mais frappant l'esprit populaire. Pourquoi ne pas imaginer quand une Poste saute en Corse que des jeunes Irlandais viennent avec l'appui de l'Europe la reconstruire pour les Corses ? Pourquoi ne pas inciter les basques à travailler comme cette association irlandaise qui aide à la réinsertion des prisonniers politiques. Nous avons invité de nombreuses organisations non gouvernementales aux conférences : elles seront présentes dans les débats. Faire asseoir côte à côte des basques pacifistes centralistes et des basques pacifistes nationalistes relève déjà du défi.
S.O. - C'est un message aux jeunes de cette région que vous voulez faire passer. On sait que cet engagement identitaire et violent est d'abord masculin ?
P.P. Oui, il serait temps que les jeunes basques arrêtent de se regarder le nombril, de pleurer ou de jeter des cocktails molotov. A La Courneuve, aux Minguettes, la situation des autres jeunes est-elle plus enviable que la leur ? Qu'on regarde la Catalogne qui a sauvé sa langue tout en se développant au point de faire de Barcelone une capitale méditerranéenne. Qu'on regarde ailleurs au lieu de s'enfermer dans des querelles internes. Si déjà ces rencontres pouvaient susciter un autre état d'esprit fait d'acception et d'écoute, nous aurions progressé.
NOTE : A L'INITIATIVE DE L'ASSOCIATION REUNIR LE DIALOGUE EN ACTION

 

 

 

 

 

Mai 1997

« De la revendication identitaire à la violence politique » :

c'est le thème qui aura mobilisé deux jours durant la réflexion d'un grand nombre d'intellectuels européens. Débuté vendredi à Saint-Sébastien, il s'est poursuivi samedi au Casino municipal de Biarritz. Mis sur pied par un homme du crû, le député européen Pierre Pradier, ce colloque s'inscrivait dans la démarche entreprise, au sein de l'association « Réunir », par les radicaux du Parlement de Strasbourg et leur chef de file, Bernard Kouchner. Elle constituait une première du genre, qui se renouvellera dans d'autres régions d'Europe durant les années à venir, la liaison étant effectuée par un groupe chargé du suivi.
En attendant, ces rencontres auront permis, samedi à Biarritz, d'entendre des choses tout à fait intéressantes. Bernard Kouchner, même s'il s'était initialement défendu de prendre position en tant que « puissance invitante », ne rechignant finalement pas lui aussi à expliquer comment il faisait la part des choses dans un débat aussi sensible. « Mon analyse, c'est que le terrorisme ne peut à aucun moment ni à aucun endroit trouver une justification, ce qui ne veut pas dire que la lutte armée soit systématiquement condamnable. La résistance, elle, peut se justifier, le terrorisme non ».
« PASSIVITE COMPLICE »
Pourtant, s'il fallait décerner la palme de l'enthousiasme déclenché dans l'auditoire, c'est assurément à la Corse Victoire Canale qu'il faudrait l'attribuer. Signataire du Manifeste pour la Vie en 1995, cette enseignante a lancé un vibrant appel à la fin de la violence meutrière sur l'île. Ce document avait vu le jour à la suite d'une vague sans précédent de plus de quarante meurtres en 94. Les femmes corses y affirment leur volonté de « construire une société libre, ouverte, démocratique » et appellent à « un sursaut contre la passivité complice ».
« Nous exigeons pour la Corse un état de droit, ce qui n'est pas un pléonasme, mais constituerait plutôt une révolution pour l'île » dit cette petite femme au caractère bien trempé en protestant contre « les meurtres qui restent impunis ». « Les enquêtes sont au point mort et cette impunité est destructrice, car elle fait ressurgir le discours sur la vengeance. Nous sommes aux mains des seigneurs de la guerre et des groupes mafieux. Or les autorités discutent avec les bandes armées pour décider de l'avenir de la Corse sans les Corses. C'est au contraire au démantèlement de celles-ci qu'il faut procéder, la démocratie est à ce prix ».
Et pourquoi appartient-il aux femmes de dénoncer cette situation ? « En Corse comme ailleurs, quand la démocratie est menacée, les femmes se lèvent » répond Victoire Canale, qui revendique toutefois une spécifité insulaire : « La société corse est oppressive pour les femmes, nous trouvons donc dans cette exclusion une nouvelle légitimité. Avec ce manifeste, nous avons posé la première pierre d'une citoyenneté qui n'existe pas en Corse »

 

élections à Hong Kong (mai 98)


Entre le retour de Hong Kong à la Chine et la crise financière asiatique, les membres de l'ancienne colonie britanique gardent-ils foi dans la démocratie ?
Rien n'est venu, jusqu'à présent, contrarier le scénario de transition douce promis par le gouvernement chinois. La totalité des fonctionnaires est restée en fonction, sans rétrogradations ni mises au placard. Mais, après la dissolution du Conseil législatif élu sous la tutelle britannique, un Conseil provisoire a été installé par Pékin, qui contrôle directement ou indirectement la nomination de quarante membres sur soixante. Vingt seulement ont été désignés par le suffrage universel !
Bien que la campagne ait été trop discrète, il y a eu une véritable compétition pour l'élection des membres du nouveau Conseil, qui, bien que doté de peu de prérogatives, reste le seul endroit où une opposition puisse se faire entendre. La confiance dans la régularité du scrutin a été assez générale, et 53 % des électeurs (contre 35 % la fois précédente, sous régime colonial) se sont déplacés.
Quelles étaient les forces en présence ?
Le Parti démocrate, mené par Martin Lee, a présenté des candidats dans presque toutes les circonscriptions. C'est le fer de lance de la contestation de la politique de Pékin. Cette formation, qui se montre trés sourcilleuse sur le respect de l'autonomie et de la démocratie interne de Hong Kong, a obtenu une très large majorité (quinze sièges sur vingt) au cours du scrutin du 24 mai.
Ses candidats ont eu à affronter ceux de l'Alliance démocratique, rassemblant tous les champions de l'alignement sur les thèses défendues à Pékin et soutenue par l'Agence Chine nouvelle, qui a facilité sa campagne en lui fournissant toutes sortes d'avantages techniques et financiers. Malgré cela, les communistes sont restés très minoritaires.
Est-ce que cela ne va pas indisposer les autorités chinoises ?
Il est sûr que ce résultat n'a pas dû faire plaisir à Pékin, mais il était attendu. Les habitants de Hong Kong n'ont pas renoncé, de toute façon, à aller vers la démocratie, afin que leur sortie du système colonial ait vraiment un sens !
D'autres préoccupations se font jour : la crise économique régionale, dont cette cité des affaires se sortait plutôt bien jusqu'à présent, commence à affecter la Bourse et les loyers des immeubles de bureaux. L'autocensure règne dans la presse, qui est la propriété de groupes d'affaires dont les intérêts sont très liés à la République populaire. Le chômage a été multiplié par quatre en peu de mois. Il est passé de 1 % à 4 % de la population active - un taux qui nous fait tout de même rêver !


 

« Un métier formidable »


Le Biarrot Pierre Pradier achève son mandat de député eurospéen. Ce pionnier de Médecins sans frontières et créateur de Médecins du monde a découvert la politique sur le tard
« Le pouvoir, tu parles ! Ce qui est intéressant, c'est le prestige de la fonction. Un mandat de député eurospéen ouvre immédiatement toutes les portes. Je n'ai pas de cocarde à mettre sur ma bagnole. L'important, c'est le poids de l'élu, sa responsabilité. »
Elu en 1995 sur la liste de Bernard Tapie - « Un voyou extraordinairement sympathique » -, Pierre Pradier achève son mandat de député eurospéen et n'en sollicitera pas de nouveau. Pour s'être refusé à quémander une place éligible sur une quelconque liste. « Mais aussi parce que personne n'a eu l'intelligence de me solliciter », glisse-t-il avec un clin d'oeil. « Peut-être parce que - comme me le dit Michel Rocard - je ne suis pas assez politique. Même si la politique m'intéresse beaucoup. C'est un métier formidable. »
Pierre Pradier, originaire de Biarritz où il a été élu conseiller municipal en 1995, a toutefois attendu la soixantaine passée pour découvrir la politique, côté institutions. Car, pour le reste, et les conséquences de la politique sur le destin des hommes, le médecin réanimateur en connaît un rayon pour avoir participé à une multitude de missions humanitaires.
NI LE FOOT
NI LES AFFAIRES

A l'issue d'études de médecine effectuées à Paris, Pierre Pradier a été l'un de ceux qui, en 1967, ont créé à l'hôpital de Bayonne le premier service mobile d'urgence, ancêtre du SAMU. « En 1968, j'ai entendu que des types revenaient du Biafra, et comme je suis d'un naturel un peu agité, j'ai décroché le téléphone et je suis tombé sur Kouchner », raconte Pierre Pradier, qui, dans le même temps, menait campagne électorale sous l'étiquette PSU à l'occasion des législatives d'après « les événements ». Un épisode sans lendemain qui se soldait pour le jeune médecin issu des Jeunesses étudiantes catholiques - mais libertaire dans sa tête - par un résultat de l'ordre de 3,5 %.
Puisque la politique nationale ne voulait pas de lui, le vaste monde constituerait donc le terrain d'application d'une inlassable générosité au service des autres. Jusqu'en 1995. Devenu directeur général de Médecins du monde, après en avoir été le président, il rencontre le néo-radical de gauche Bernard Tapie. Un rendez-vous suggéré par Bernard Kouchner.
« Tapie me dit : "On ne va pas faire une liste radicale cassoulet avec des Corses et des Tarn-et-Garonnais. Mais plutôt une liste ouverte avec des syndicalistes, des écologistes, des femmes et des gens de l'humanitaire." Et comme je n'étais ni dans le foot ni dans les affaires, j'ai accepté. J'étais huitième ou neuvième. »
Au Parlement de Strasbourg, Pierre Pradier s'est inscrit à la commission des libertés publiques. « Je me passionne pour tout ce qui touche à la circulation au sein de l'Union, les questions de coopération policière et judiciaire, les affaires des reconduites aux frontières et des doubles peines. Nombre de problèmes, comme celui de l'immigration par exemple, ne peuvent être examinés qu'avec l'ensemble des pays de l'Union. »
MALHEUREUSE EDITH
Le député, qui s'affiche fédéraliste - aujourd'hui seuls Cohn-Bendit ou Bayrou lui semblent assez eurospéens pour trouver grâce à ses yeux -, favorable à une Constitution eurospéenne (et à terme à un président élu), déplore le déficit d'image dont souffrent les institutions de Strasbourg et de Bruxelles au sein de l'opinion publique. « On confie la communication à des fonctionnaires, or on n'est pas fonctionnaires dans la communication », assure Pierre Pradier. « L'ensemble de l'institution est déficitaire dans la communication et donc dans l'opinion. »
De son mandat de cinq ans, il retient deux grandes dates : l'affaire de la vache folle, moment à partir duquel le Parlement a pesé davantage sur la Commission, et le rapport du conseil des sages sur les dysfonctionnements de la Commission. Même si Pierre Pradier trouve « immonde la façon dont on est tombé sur cette malheureuse Edith ».
Sectes, visas, prisons : le député a participé à la rédaction de plusieurs rapports. Dont un sur la condition carcérale en Europe dans l'élaboration duquel il s'est beaucoup investi, visitant des prisonniers basques en France et en Espagne, par exemple. A l'issue de ce mandat eurospéen qui s'achève - et en complément de nouvelles missions humanitaires -, Pierre Pradier souhaite d'ailleurs poursuivre son travail dans ce secteur des prisons, afin, notamment, d'enrichir l'information d'une mission interministérielle.

(1999)

 

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