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Pierre Pradier - Une sorte de testament...
D'abord, un testament, ça doit être un manuscrit
et pas un exercice, genre informatico-dactylographique, on ne s'amuse
pas en écrivant un testament, on réfléchit, on pense,
on cogite c'est du sérieux, ça s'écrit de façon
posée, le front barré d'une ride de gravité, un peu
de dignité, s'il vous plait .
On va respectueusement poser ça chez un notaire, qui le lira, le
moment venu, devant le demi-cercle des proches, épouse au visage
fermé, enfants partagés entre les sourires et les larmes.
Ils écouteront avec beaucoup d'attention, et on rentrera dîner
à la maison …que veux-tu faire d'autre ?
Il vous restera à vivre, à vivre bien tant qu'à faire
. Qu'est-ce à dire, "vivre bien" ? c'est un peu comme
" invente toi ", ça !
Tout d'abord, c'est vivre comme si on devait mourir demain. Il ne s'agit
pas d'être paralysé ou insouciant, il faut vivre avec ardeur,
œuvrer, rire, prier, écouter, aimer, travailler, courir, rencontrer,
plaisanter, s'occuper des siens… et des autres, de ce qui vous regarde
et aussi de ce qui ne vous regarde pas.
Soyons seulement prêts…… comme les petits scouts !
Prêts à partir, à tout quitter, le sac bouclé.
On aura fait ce qu'on a pu.
Oh, pas tout bien , tant s'en faut , une scolarité moyenne, des
études supérieures laborieuses, un métier honnêtement
mené, une famille qui est peut être ce qui a le mieux marché
(mais on ne fait pas ça tout seul), des aventures de Tintin qui
a passé l'âge, des amis rencontrés, aimés,
perdus, des rencontres éblouissantes, une vie spirituelle assez
pauvre, une prière anémique, des livres lus et oubliés,
des emballements subits, des colères brèves, des attentions
rares.
Des voyages, ça oui, mon Dieu, que de voyages dont j'aurais dû
retirer quelque avancée de la conscience et qui m'ont laissé
assez sec finalement.
Des gens dans le besoin, en ai-je vu, entendu, écouté parfois,
même aidé (rarement, avouons le), des demandes que je n'ai
pas prises suffisamment à cœur, des suppliques abandonnées,
des lassitudes auxquelles j'ai lâchement cédé
.
Des gens que j'ai laissés sur le bord de la route.
Entre la Samaritaine qui vivait avec un homme sans qu'il soit son mari,
le bon samaritain qui n'a pas abandonné le blessé sur le
bord de la route (le SAMU précurseur, à Bayonne en 1966,
c'était ça, probablement) le fils prodigue qui va gaspiller
son héritage au bistrot et chez les putes, le Pharisien qui remercie
le Ciel d'avoir la rosette de la Légion d'Honneur, Zachée
qui veut voir passer le Seigneur mais qui n'a pas envie qu'on le sache,
Natanaël qui reçoit Jésus chez lui….le veinard
! Si le Christ est venu dîner chez lui, le Resuscité le recevra
comme un frère le jour où la Parque aura coupé le
fil, le centurion qui demande à Jésus la guérison
de son fils Je me serais bien vu dans un de ces "petits rôles"
dont les évangélistes nous ont donné quelques traits
Je n'arrive pas à m'imaginer dans un poste-clé de la distribution
: Jean Baptiste et sa voix de stentor qui criait dans le désert
me font un peu peur. Pierre était un garçon formidable,
sauf qu'il devait être d'un ennuyeux …. Jean était
jeune et poète , Paul était insupportable d'arrogance et
de sûreté de soi.
Je ne suis pas un ermite et, par chance le Ciel ne m'a pas donné
l'occasion d'être un martyr .Judas Iscariote…… voilà
un rôle pas très facile à tenir : il faut une bonne
dose de duplicité et une détermination qui ne sont pas tout
à fait dans mon style…. le défaut de courage, probablement.
Pas de conseils, donc, vous en recevrez de gens mieux
placés que moi pour en donner. Pourtant si !
Pensez à maman, pensez beaucoup à elle, souvent, tous les
jours, entourez la, téléphonez lui, écrivez lui des
messages, des lettres, des e-mails, des cartes postales, allez la voir,
invitez la, parlez lui, beaucoup, gentiment, doucement, embrassez la ,
caressez la, souriez lui, confiez vous à elle, elle aime... Confiez
lui vos propres enfants.
Aimez vous, regardez vous, faites attention les uns aux autres, donnez
vous du temps, du soutien, de l'argent si besoin, ne vous lâchez
pas.
Ne laissez pas les petits évènements, les incompréhensions,
les malentendus, les "petites phrases", les interprétations
ou les rancoeurs prendre le pas sur l'amour que vous avez en partage.
Alors….après… pour les maisons, les apparts, les ordinateurs,
les livres, les meubles, les autos, les bibelots dont la vie nous a fait
cadeau…. laissez courir. Prenez ou cédez, tout cela ne mérite
pas beaucoup.
Voilà ce que je voulais vous dire avant de partir .
Alors, mon corps sera enfermé dans une boîte en bois ou réduit
en poudre dans une boite en fer... pfft ! Quelle importance ?
Le Seigneur notre Dieu a plus d'un tour dans son sac pour nous accorder
la vie éternelle, pour nous faire passer ces limites de l'espace
et du temps qui nous retiennent prisonniers. Soyons confiants.
Ne m'en veuillez pas trop pour ce que je ne vous ai pas apporté.
Vivez !
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